Huile végétale de Karanja (Pongamia pinnata)

Résumé : L’huile végétale de karanja est obtenue par première pression à froid des graines de Pongamia pinnata, un arbre de la famille des légumineuses originaire d’Inde et d’Asie tropicale. Très riche en acide oléique, elle se distingue surtout par sa teneur en karanjine et en pongamol, deux flavonoïdes rares reconnus pour leurs propriétés antioxydantes, assainissantes et filtrantes vis-à-vis des rayons ultraviolets. Traditionnellement employée en médecine ayurvédique, elle trouve aujourd’hui sa place en cosmétique naturelle pour les peaux à imperfections, les cheveux fragilisés et les soins de préparation au soleil. Son usage demande cependant quelques précautions, notamment une dilution systématique avant application cutanée.

Note : cette fiche a une visée informative et ne remplace pas un avis médical, pharmaceutique ou aromathérapeutique personnalisé. L’huile végétale de karanja doit toujours être diluée avant application sur la peau ou les cheveux, et un test cutané préalable est recommandé.

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Qu’est-ce que l’huile végétale de karanja ?

L’huile végétale de karanja est extraite des graines de Pongamia pinnata (L.) Pierre, un arbre de la famille des Fabacées (légumineuses), aussi connu sous les synonymes botaniques Pongamia glabra Vent. et Millettia pinnata (L.) Panigrahi. Cette dernière appellation a longtemps prêté à confusion, l’espèce ayant été classée tour à tour dans les genres Pongamia et Millettia avant que des études phylogénétiques ne confirment sa position en tant qu’unique représentant du genre Pongamia.

Les noms vernaculaires normalisés en français, reconnus par l’Inventaire national du patrimoine naturel et par l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes, sont « Karanj » et « Arbre de pongolote ». On rencontre également les variantes « Pongamie penne », « Pongamia » ou « Pongame », ainsi que les noms anglophones Indian beech et Pongame oiltree.

Originaire d’Inde et largement répandu en Asie tropicale, sur le pourtour du Pacifique et jusqu’au nord de l’Australie, cet arbre à croissance rapide peut atteindre 15 à 25 mètres de hauteur. Il pousse aussi bien en climat tropical humide qu’en sol pauvre ou salin, grâce à sa capacité à fixer l’azote atmosphérique par symbiose racinaire avec des bactéries du genre Bradyrhizobium. Ses gousses brunes, à parois épaisses, renferment une à deux graines brunâtres, riches en huile, qui mûrissent en dix à onze mois.

L’huile est obtenue par première pression à froid des graines, un procédé mécanique réalisé sans chauffage qui permet de préserver au mieux les composés sensibles à la chaleur. Elle se présente sous la forme d’un liquide fluide de couleur jaune à légèrement brune, dégageant une note olfactive rappelant la noix, et au toucher gras caractéristique des huiles végétales riches en acides gras mono-insaturés. Sur le plan de la formulation cosmétique, son nom INCI est Pongamia Glabra Seed Oil.

En Inde, l’huile de karanja est utilisée depuis longtemps en médecine ayurvédique traditionnelle, notamment pour les soins de la peau et du cuir chevelu. Elle est aujourd’hui davantage documentée par la recherche en pharmacognosie, qui s’intéresse en particulier à deux de ses constituants distinctifs, la karanjine et le pongamol, deux molécules appartenant à la famille des flavonoïdes, des composés phénoliques d’origine végétale reconnus pour leur activité antioxydante.

Le karanja, un arbre au service de son environnement

Au-delà de son huile, le Pongamia pinnata tient une place à part dans la restauration des sols dégradés. Grâce à la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique assurée par les bactéries du genre Bradyrhizobium logées dans les nodosités de ses racines, de petits renflements où se loge cette symbiose, l’arbre enrichit naturellement les sols pauvres en azote, sans recourir aux engrais de synthèse. Cette capacité, associée à sa tolérance aux sols salins, acides, pierreux ou temporairement inondés, en fait une espèce pionnière retenue dans les programmes indiens de reboisement des terres en friche et des sols marginaux, impropres aux cultures vivrières.

Les racines du karanja hébergent aussi des souches de rhizobiums capables de tolérer plusieurs métaux lourds. Une étude parue en 2017 dans la revue Applied Microbiology and Biotechnology a montré qu’une souche de Bradyrhizobium liaoningense isolée sur un terril, c’est-à-dire un amoncellement de résidus miniers, de minerai de fer-vanadium-titane fortement pollué, permettait au karanja de s’y implanter et de s’y développer, aussi bien in situ qu’en conditions contrôlées. Une seconde étude, publiée en 2023 dans Frontiers in Microbiology, a identifié, parmi cinquante-sept souches de rhizobiums prélevées sur des karanjas cultivés sur ces mêmes résidus miniers, plusieurs souches tolérant simultanément le cuivre, le nickel, le manganèse et le zinc. Ces travaux illustrent le potentiel du karanja comme plante de phytoremédiation, c’est-à-dire une plante capable de coloniser un sol contaminé par des métaux lourds et d’en amorcer l’assainissement progressif. Ce mécanisme concerne l’arbre et son système racinaire ; il ne s’applique pas à l’huile elle-même, extraite exclusivement des graines.

Cette rusticité explique également l’intérêt porté au karanja comme source de biodiesel : son huile n’étant pas comestible, sa production n’entre pas en concurrence avec les cultures alimentaires, un avantage recherché par les programmes de plantation menés en Inde sur des terres marginales autrement laissées à l’abandon.

Bienfaits et propriétés

Propriétés principales

  1. Émolliente et hydratante : l’huile de karanja est particulièrement riche en acide oléique, un acide gras mono-insaturé de la famille des oméga 9. Cet acide gras contribue à renforcer la barrière hydrolipidique, ce film protecteur composé de lipides et de sécrétions cutanées qui limite la perte en eau à la surface de la peau. Elle apporte ainsi souplesse et confort aux peaux sèches ou déshydratées.
  2. Antioxydante et régénérante cutanée : sa fraction insaponifiable, c’est-à-dire la part de l’huile qui ne se transforme pas en savon lors d’une saponification et qui concentre généralement les principes actifs les plus intéressants (vitamines, phytostérols, polyphénols), est riche en flavonoïdes et en composés phénoliques. Ces molécules contribuent à neutraliser les radicaux libres impliqués dans le vieillissement cutané et à soutenir les mécanismes naturels de régénération du tissu cutané.
  3. Filtrante vis-à-vis du rayonnement ultraviolet : la karanjine et le pongamol, deux furanoflavonoïdes propres à cette huile (des flavonoïdes portant une structure chimique particulière appelée cycle furane), ont la capacité d’absorber une partie du rayonnement ultraviolet. Ces composés ont été isolés et caractérisés dès les années 1950 par les travaux fondateurs de chimistes indiens sur la chimie du pongamol. Cette propriété permet à l’huile de participer à la préparation cutanée avant exposition solaire, sans toutefois se substituer à un produit de protection solaire dédié.
  4. Assainissante, antibactérienne et antifongique : une étude publiée dans la revue Microbios a évalué in vitro l’activité antibactérienne de l’huile de karanj sur quatorze souches bactériennes pathogènes, mettant en évidence une action bactéricide liée à une perturbation de la synthèse de la membrane cellulaire des bactéries testées. Cette activité assainissante, associée aux propriétés cicatrisantes de l’huile, explique son intérêt traditionnel pour les peaux à tendance acnéique ou sujettes aux imperfections.
  5. Répulsive vis-à-vis des moustiques : une étude publiée dans le Journal of Environmental Biology a comparé l’activité répulsive de plusieurs huiles de graines, dont celle de karanja, seules ou en association avec des huiles végétales de neem, d’olive, de moutarde ou de coco, sur le moustique vecteur Aedes aegypti. Les auteurs ont observé un intérêt répulsif de l’huile de karanja, renforcé lorsqu’elle est combinée à d’autres huiles végétales.

Autres bienfaits

  • En soin capillaire, l’huile de karanja est traditionnellement utilisée pour assouplir et fortifier les cheveux fragilisés, abîmés ou colorés, et pour apaiser un cuir chevelu irrité, notamment grâce à sa richesse en flavonoïdes.
  • Sa bonne stabilité à l’oxydation en fait une huile relativement facile à conserver, comparée à d’autres huiles végétales plus riches en acides gras polyinsaturés.

Utilisations pratiques

En cosmétique naturelle, l’huile végétale de karanja convient à tous les types de peaux, mais elle présente un intérêt particulier pour les peaux matures, les peaux à tendance acnéique ou fragile, ainsi que pour les cheveux abîmés, colorés ou sujets aux pellicules. Son indice de comédogénicité, qui mesure la tendance d’un corps gras à obstruer les pores et à favoriser l’apparition de comédons (points noirs, microkystes) sur une échelle allant généralement de 0 à 5, est évalué à 2, ce qui en fait une huile peu comédogène et adaptée aux peaux à imperfections lorsqu’elle est correctement diluée.

Sur le visage et le corps, elle s’intègre à un soin quotidien ou ponctuel destiné à nourrir, assouplir et protéger la peau, en particulier avant et après une exposition solaire. En cas de peau à tendance acnéique, elle est traditionnellement associée à d’autres huiles végétales aux propriétés assainissantes. Pour les cheveux, elle s’applique en masque avant shampoing, en insistant sur les longueurs, les pointes ou le cuir chevelu selon l’objectif recherché.

En extérieur, quelques gouttes appliquées sur les zones exposées, en association avec d’autres huiles végétales et huiles essentielles réputées répulsives, peuvent accompagner une stratégie de protection contre les moustiques, sans toutefois remplacer un répulsif dédié en zone à risque sanitaire.

Comment utiliser l’huile végétale de karanja ?

UsageMode d’applicationUsage conseillé
Préparation et réconfort de la peau avant ou après le soleilQuelques gouttes diluées dans une autre huile végétale, en application sur le visage et le corpsUsage ponctuel, en complément d’une protection solaire adaptée
Peau à tendance acnéique ou à imperfectionsQuelques gouttes diluées, matin et soir, sur le visageUsage régulier, en synergie avec une huile végétale assainissante
Peau matureQuelques gouttes diluées dans une crème ou une autre huile végétale, matin et soir sur les zones concernéesUsage régulier en soin du visage
Cuir chevelu irrité, pelliculesMasque capillaire de 30 minutes, une à deux fois par semaine, en insistant sur le cuir chevelu, avant shampoing douxUsage hebdomadaire en cure
Cheveux abîmés ou colorésMasque capillaire une fois par semaine sur l’ensemble de la chevelure, en insistant sur les longueurs et les pointesUsage hebdomadaire en cure
Répulsif anti-moustiquesQuelques gouttes sur les parties exposées, en association avec une autre huile végétale et des huiles essentielles répulsivesUsage ponctuel avant exposition

Dans tous les cas, l’huile de karanja doit être diluée dans une autre huile végétale avant application cutanée ou capillaire, en particulier pour un usage sur le visage.

Synergies recommandées

Huiles essentielles associées recommandées

Autres huiles végétales associées

  • Huile végétale de neem : souvent apparentée à l’huile de karanja pour des propriétés similaires, notamment contre les pellicules et les moustiques.
  • Huile végétale de jojoba : pour diluer l’huile de karanja dans un soin des peaux à imperfections.
  • Huile végétale de coco : pour diluer l’huile de karanja en usage après-soleil ou répulsif.
  • Huile végétale de rose musquée : pour diluer l’huile de karanja dans un soin des peaux matures.
  • Huile végétale de ricin : en association pour les soins capillaires nourrissants.

Précautions d’emploi

L’huile végétale de karanja peut être allergisante. Il est recommandé de réaliser un test cutané préalable, par exemple au creux du coude, avant toute utilisation régulière.

Elle doit systématiquement être diluée dans une autre huile végétale avant application sur la peau ou les cheveux : utilisée pure, elle peut provoquer un effet chauffant en plus d’un risque allergique accru.

Son usage est déconseillé chez l’enfant de moins de 6 ans.

Cette huile est destinée à un usage par voie cutanée uniquement ; la voie orale n’est pas documentée pour cet usage cosmétique et n’est pas recommandée dans le cadre de cette fiche.

Comme pour tout corps gras actif, il est conseillé aux femmes enceintes ou allaitantes, ainsi qu’aux personnes suivant un traitement médical ou présentant une peau sensible ou pathologique, de demander l’avis d’un professionnel de santé avant utilisation.

L’huile de karanja se conserve de préférence dans un endroit frais, à l’abri de la lumière et de la chaleur, afin de préserver sa stabilité et ses propriétés.

Profil en acides gras et composés actifs

L’huile de karanja se caractérise par une dominante nette en acide oléique, acide gras mono-insaturé de la famille des oméga 9, associée à une proportion notable d’acides gras saturés à longue chaîne, ce qui contribue à sa bonne stabilité à l’oxydation.

Acide grasFamilleTeneur approximative
Acide oléiqueAGMI, oméga 950 à 60 %
Acide linoléiqueAGPI, oméga 615 à 25 %
Acide palmitiqueAGS8 à 20 %
Acide stéariqueAGS2 à 12 %
Acide béhéniqueAGS3 à 6 %
Acide linoléniqueAGPI, oméga 32 à 5 %
Acide lignocériqueAGS6 % ou plus
Acide arachidiqueAGS3 % ou plus
Acide eicosénoïqueAGMI, oméga 93 % ou plus

AGMI désigne les acides gras mono-insaturés, AGPI les acides gras polyinsaturés, et AGS les acides gras saturés.

Au-delà de sa composition en acides gras, l’huile de karanja se distingue par sa fraction insaponifiable, riche en flavonoïdes et en composés phénoliques, dont deux constituants emblématiques : la karanjine et le pongamol. Ce sont ces deux furanoflavonoïdes, étudiés depuis les travaux de chimie fondamentale des années 1950, qui sont associés aux propriétés antioxydantes, filtrantes vis-à-vis des ultraviolets et assainissantes de l’huile. Quelques autres repères de formulation : indice de saponification moyen autour de 183, densité comprise entre 0,910 et 0,940 à 20 degrés Celsius, et indice de comédogénicité évalué à 2 sur une échelle où les valeurs les plus basses correspondent aux huiles les moins susceptibles d’obstruer les pores.

Références bibliographiques

Ouvrages

  • de la Charie, T. (2019). Se soigner par les huiles essentielles. Pourquoi et comment ça marche ? Editions du Rocher.
  • Pobeda, M. (2014). Les bienfaits des huiles végétales : apprendre à les connaître et à les utiliser pour votre santé et votre beauté. Marabout.

Études et publications scientifiques

  • Mukesh Y, Savitri P, Kaushik R, Singh NP. Studies on repellent activity of seed oils alone and in combination on mosquito, Aedes aegypti. Journal of Environmental Biology. 2014 Sep;35(5):917-922. PMID : 25204067.
  • Baswa M, Rath CC, Dash SK, Mishra RK. Antibacterial activity of Karanj (Pongamia pinnata) and Neem (Azadirachta indica) seed oil: a preliminary report. Microbios. 2001;105(412):183-189. PMID : 11414503.
  • Arote SR, Yeole PG. Pongamia pinnata L: a comprehensive review. International Journal of Pharma and Bio Sciences. 2010;1(1):1-11.
  • Narayanaswamy S, Rangaswami S, Seshadri TR. Chemistry of pongamol. Part II. Journal of the Chemical Society (Resumed). 1954:1871-1873. (Référence de chimie fondamentale ayant contribué à la caractérisation du pongamol, antérieure à l’indexation PubMed.)
  • Yu X, Li Y, Li Y, et al. Pongamia pinnata inoculated with Bradyrhizobium liaoningense PZHK1 shows potential for phytoremediation of mine tailings. Applied Microbiology and Biotechnology. 2017;101(4):1739-1751. PMID : 27858136.
  • Shen T, Jin R, Yan J, et al. Study on diversity, nitrogen-fixing capacity, and heavy metal tolerance of culturable Pongamia pinnata rhizobia in the vanadium-titanium magnetite tailings. Frontiers in Microbiology. 2023;14:1078333. PMID : 37405163.

Foire aux questions

Qu’est-ce que l’huile végétale de karanja ?

C’est une huile obtenue par première pression à froid des graines de Pongamia pinnata, un arbre de la famille des légumineuses originaire d’Inde, également appelé karanj ou arbre de pongolote. Elle est riche en acide oléique et en deux flavonoïdes caractéristiques, la karanjine et le pongamol.

L’huile de karanja est-elle comédogène ?

Non, son indice de comédogénicité est évalué à 2, ce qui en fait une huile peu susceptible d’obstruer les pores et d’entraîner l’apparition de comédons, lorsqu’elle est correctement diluée et utilisée dans une routine adaptée.

Peut-on appliquer l’huile de karanja pure sur la peau ?

Non, il est recommandé de toujours la diluer dans une autre huile végétale avant application cutanée ou capillaire, car utilisée pure elle peut provoquer un effet chauffant et augmenter le risque de réaction allergique.

L’huile de karanja peut-elle remplacer une protection solaire ?

Non. Bien que la karanjine et le pongamol présentent une capacité à absorber une partie du rayonnement ultraviolet, l’huile de karanja ne remplace en aucun cas un produit de protection solaire spécifiquement formulé et testé à cet effet.

L’huile de karanja est-elle adaptée aux enfants ?

Son usage est déconseillé chez l’enfant de moins de 6 ans. Au-delà de cet âge, comme pour toute huile active, la prudence et une dilution adaptée restent de mise.

Quelle est la différence entre l’huile de karanja et l’huile de neem ?

Ces deux huiles, issues de graines d’arbres différents de la famille des légumineuses et des méliacées, sont souvent apparentées en cosmétique naturelle pour leurs propriétés assainissantes et répulsives comparables, notamment contre les moustiques et les pellicules. Elles sont fréquemment utilisées en association plutôt qu’en substitution l’une de l’autre.