Dernière édition

Sébastien Naturo

naturopathie-boutique.fr

pop up promo flacon
bouton back to top

Ravensare ou Ravintsara ? La confusion à connaître avant d’acheter

Deux flacons, deux noms qui se ressemblent à l’oreille, deux odeurs pourtant très différentes au nez. Ravensare et Ravintsara ne sont pas deux orthographes de la même huile essentielle. Ce sont deux arbres différents, deux compositions biochimiques différentes, et deux usages qui ne se recouvrent que partiellement.

Cette confusion n’est pas une invention de vendeur mal renseigné. Elle traverse une partie de la littérature d’aromathérapie elle-même, et elle mérite d’être expliquée clairement une bonne fois.

Dans cet article

Deux arbres, deux huiles essentielles

Le Ravintsara, c’est Cinnamomum camphora, chémotype cinéole. Un camphrier malgache, dont les feuilles distillées donnent une huile essentielle très majoritairement composée de 1,8-cinéole. Odeur fraîche, camphrée, presque eucalyptus. C’est l’huile essentielle qu’on retrouve dans la plupart des synergies hivernales pour soutenir les défenses de l’organisme.

Le Ravensare, c’est Ravensara aromatica. Un arbre botaniquement distinct, également malgache, dont le nom vernaculaire local est « hovozo ». Son huile essentielle sent l’anis et le poivre, pas le camphre. Sa composition varie beaucoup selon l’origine de l’arbre : certains lots sont dominés par le méthylchavicol, d’autres par le méthyleugénol, d’autres encore par des monoterpènes comme le sabinène. Il n’existe pas une seule « signature » chimique du Ravensare, contrairement au Ravintsara.
On notera que le ravensare est une espèce rare. Rien ne justifie l’emploi systématique de son huile essentielle, il est donc recommandé de ne pas y recourir afin de protéger cette espèce.

Deux arbres de la famille des Lauracées, deux huiles distillées à partir des feuilles, deux noms qui se prononcent presque pareil. Le terrain était réuni pour l’erreur.

D’où vient la confusion

L’histoire remonte à l’identification botanique de ces plantes à Madagascar. Pendant longtemps, certains lots vendus sous le nom de Ravensara étaient en réalité issus de Cinnamomum camphora ct cinéole, et inversement. Des ouvrages de référence en aromathérapie, publiés dans les années 1990 et 2000, ont pu à l’occasion mélanger les deux espèces dans leurs monographies, ce qui a solidement ancré la confusion chez les praticiens comme chez les fournisseurs.

La proximité phonétique n’a rien arrangé. Ravensare, Ravintsara : à l’oral, sur une étiquette mal imprimée ou dans une commande passée vite, l’inversion est facile. Certains sites continuent aujourd’hui encore d’utiliser les deux noms comme s’ils désignaient la même chose.

Le seul repère fiable reste le nom botanique complet en latin. Cinnamomum camphora ct cinéole pour l’un, Ravensara aromatica pour l’autre. Le nom commun, seul, ne suffit jamais à lever le doute.

Ce que dit la composition biochimique

C’est là que la différence devient concrète.

 Ravintsara (Cinnamomum camphora ct cinéole)Ravensare (Ravensara aromatica)
Famille chimique dominanteOxyde terpénique (1,8-cinéole, très majoritaire)Variable selon le chémotype : méthylchavicol, méthyleugénol ou monoterpènes
OdeurFraîche, camphrée, proche de l’eucalyptusÉpicée, anisée, poivrée
Composition d’un lot à l’autreStableFortement variable selon l’origine de l’arbre
Usage traditionnel principalSphère ORL et respiratoire, soutien immunitaireConfort articulaire et musculaire, détente nerveuse

Cette variabilité du Ravensare n’est pas un défaut de fabrication. C’est une caractéristique de l’espèce, documentée par plusieurs chémotypes distincts selon la région de récolte. Elle explique aussi pourquoi deux flacons de Ravensare, achetés à deux fournisseurs différents, peuvent sentir et agir un peu différemment, alors que deux flacons de Ravintsara se ressemblent presque toujours.

Cette variabilité a une conséquence pratique sur les précautions d’usage. Le méthylchavicol (estragole) et le méthyleugénol, deux composés qui peuvent dominer certains lots de Ravensare, font l’objet d’une surveillance réglementaire particulière : une réévaluation de sécurité menée par un panel d’experts a mis en évidence, chez le rongeur et à fortes doses, un mécanisme de formation de métabolites hépatotoxiques à partir de ces molécules (Smith, Adams, Doull et al., 2002). C’est la raison pour laquelle les lots de Ravensare riches en méthylchavicol ou en méthyleugénol demandent un usage plus prudent, à dose limitée et sur une durée courte, en particulier chez la femme enceinte et l’enfant. Un lot dominé par des monoterpènes comme le sabinène n’appelle pas les mêmes précautions. Là encore, la chromatographie du flacon acheté reste le seul moyen de savoir précisément à quel profil on a affaire.

Ce qu’en dit la recherche

Le déséquilibre entre les deux huiles ne s’arrête pas à la composition. Il se retrouve aussi dans la littérature scientifique.

Le 1,8-cinéole, composé très majoritaire du Ravintsara, a fait l’objet d’essais nombreux, y compris en modèle animal contre la grippe : une étude a montré qu’il protège des souris infectées par le virus influenza contre l’atteinte pulmonaire, en réduisant plusieurs marqueurs inflammatoires (Li, Lai, Wang et al., 2016). D’autres travaux ont documenté son action anti-inflammatoire sur les voies respiratoires, sous forme de composé isolé administré en capsules.

Le Ravensara aromatica, en tant qu’huile essentielle entière, n’a pas bénéficié du même volume de recherche. Le seul essai clinique trouvé qui le mentionne a testé un mélange inhalé de bois de santal, encens et Ravensare chez des patients souffrant de rhinite allergique, avec une amélioration des symptômes par rapport au placebo (Choi et Park, 2016). Précision utile : la publication initiale de cette étude comportait une erreur dans son résumé, qui mentionnait à tort du géranium à la place de l’encens (Boswellia carterii) ; un correctif publié par les auteurs a rectifié ce point et a confirmé explicitement qu’il s’agissait bien de Ravensara aromatica, et non de Ravintsara, dans le mélange testé. Un signe supplémentaire que la confusion entre les deux noms touche jusqu’à la littérature scientifique elle-même. Cet essai ne dit rien du Ravensare utilisé seul, puisqu’il s’agit d’un mélange à trois huiles essentielles. Le reste des propriétés attribuées au Ravensare relève de l’usage traditionnel, transmis par la pratique aromathérapeutique plutôt que par des essais contrôlés.

Cette différence n’enlève rien à l’intérêt du Ravensare en aromathérapie traditionnelle. Elle signifie simplement qu’on ne peut pas transférer les preuves accumulées sur le Ravintsara à son cousin au nom presque identique.

Comment ne plus se tromper à l’achat

Trois réflexes suffisent.

Vérifier le nom botanique latin complet sur l’étiquette, pas seulement le nom commun. Cinnamomum camphora ct cinéole n’est pas Ravensara aromatica, même si les deux flacons portent une étiquette verte et un bouchon compte-gouttes identiques.

Sentir avant d’utiliser. Une odeur fraîche et camphrée signe le Ravintsara. Une odeur épicée et anisée signe le Ravensare. Le nez ne ment pas, même quand l’étiquette prête à confusion.

Ne pas substituer l’un à l’autre dans une recette. Une synergie hivernale pensée pour le 1,8-cinéole du Ravintsara ne produira pas le même effet avec un Ravensare à dominante méthylchavicol, et inversement pour une synergie articulaire.

Deux belles huiles essentielles malgaches, deux histoires distinctes. Le seul tort du Ravensare, c’est d’avoir un nom qui ressemble trop à celui de son voisin.

Références

  • Franchomme P., Jollois R., Pénoël D., L’aromathérapie exactement, Éditions Roger Jollois, 2001.
  • Baudoux D., L’aromathérapie : se soigner par les huiles essentielles, Éditions Amyris, 2008.
  • Choi S.Y., Park K., « Effect of Inhalation of Aromatherapy Oil on Patients with Perennial Allergic Rhinitis: A Randomized Controlled Trial », Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2016. PMID : 27034695
  • Li Y., Lai Y., Wang Y. et al., « 1,8-Cineol Protect Against Influenza-Virus-Induced Pneumonia in Mice », Inflammation, 2016. PMID : 27351430
  • Smith R.L., Adams T.B., Doull J. et al., « Safety assessment of allylalkoxybenzene derivatives used as flavouring substances – methyl eugenol and estragole », Food and Chemical Toxicology, 2002. PMID : 12065208
Sébastien Brame Sébastien Naturo

Sébastien Brame

Naturopathe diplomé EIBE et aromathérapeute FLMNE