Huile essentielle de Livèche (Levisticum officinale)
Résumé : L’huile essentielle de Livèche est obtenue à partir des racines et rhizomes de Levisticum officinale, une grande Apiacée vivace des régions montagneuses parfois surnommée ache des montagnes ou céleri bâtard. Sa composition, dominée par les phtalides (dont le ligustilide), lui confère une action détoxifiante hépatorénale considérée comme l’une des plus puissantes de l’aromathérapie, ainsi que des propriétés antipsoriasique, digestive et diurétique. Cette fiche présente sa composition biochimique, ses indications documentées, ses modes d’utilisation et ses précautions d’emploi, en particulier le risque de photosensibilisation lié aux furocoumarines.
➤ Note : la Livèche appartient à la famille des Apiacées, comme le céleri, l’angélique, l’aneth, la coriandre, le fenouil ou l’estragon. Elle ne doit pas être confondue avec le céleri (Apium graveolens), une plante proche mais distincte, dont l’huile essentielle présente un profil biochimique et thérapeutique propre. Le produit décrit ici est obtenu par extraction au CO2 supercritique à partir de la racine, une méthode qui concentre efficacement les composés lipophiles de la plante (phtalides, coumarines, furocoumarines) et qui peut donner un totum légèrement différent, sur le plan quantitatif, de celui obtenu par distillation à la vapeur d’eau classique, méthode à laquelle se réfère l’essentiel de la littérature aromathérapeutique disponible.
Tout savoir sur la Livèche – Navigation rapide dans l’article
- Qu’est-ce que l’huile essentielle de Livèche ?
- Bienfaits et propriétés
- Utilisations pratiques
- Comment utiliser la Livèche ?
- Synergies recommandées
- Précautions d’emploi
- Composition biochimique
- Références bibliographiques
- Foire aux questions
Qu’est-ce que l’huile essentielle de Livèche ?
La Livèche officinale (Levisticum officinale (Hill.) Koch), aussi appelée ache des montagnes ou céleri bâtard, est une plante herbacée vivace de la famille des Apiacées, pouvant atteindre un à deux mètres de hauteur. Elle pousse dans les régions montagneuses d’Europe, appréciant les haies, les prairies et les terrains délaissés. Sa tige robuste et creuse porte de grandes feuilles vert luisant, plusieurs fois découpées en folioles losangiques, et des ombelles de fleurs jaunâtres qui s’épanouissent en été. C’est la racine, gris-brun et à l’écorce épaisse, qui est utilisée pour produire l’huile essentielle, en général par distillation à la vapeur d’eau ; le produit ici décrit résulte d’une extraction au CO2 supercritique, technique qui permet de récupérer un totum riche en phtalides et en furocoumarines sans recourir à la chaleur prolongée de la distillation.
Sur le plan botanique, la Livèche est une proche parente du céleri (Apium graveolens) et de l’angélique (Angelica archangelica), avec lesquels elle partage la famille chimique des phtalides, molécules responsables de l’essentiel de ses effets sur la sphère hépatorénale. Les auteurs Pierre Franchomme, Roger Jollois et Daniel Pénoël classent d’ailleurs sa valeur thérapeutique globale au registre le plus élevé de leur échelle, aux côtés d’un nombre restreint d’huiles essentielles jugées majeures.
Bienfaits et propriétés
- Détoxifiante hépatorénale de tout premier plan. La Livèche stimule les hépatocytes et les canaux biliaires ; son action antitoxique, décrite comme un véritable contrepoison face aux intoxications alimentaires, chimiques ou médicamenteuses, se situe au registre le plus élevé observé en aromathérapie. Elle accompagne aussi le nettoyage rénal lors de petites insuffisances rénales séquellaires.
- Antipsoriasique marquée. Son action sur les manifestations cutanées liées à une insuffisance hépatopancréatique, en particulier le psoriasis, est considérée comme l’une des plus notables de la pharmacopée aromatique, à un niveau nettement supérieur à la moyenne des huiles essentielles à visée cutanée.
- Neurotonique et myotonique. Elle agit sur le cervelet et le système nerveux sympathique (effet neurotonique) et exerce une action tonique sur les muscles lisses (effet myotonique).
- Positivante. Elle est traditionnellement décrite comme une huile essentielle qui redonne de l’élan et soutient le tonus général, en particulier dans les états d’asthénie physique, où son effet est jugé nettement marqué.
- Anti-infectieuse à large spectre. Antibactérienne, antifongique et antiparasitaire (notamment active sur le ténia du bœuf), cette action est considérée comme nettement marquée.
- Légèrement anticoagulante. Cette propriété, décrite comme discrète, invite néanmoins à la prudence en association avec un traitement anticoagulant.
- Anticatarrhale et expectorante. Une action notable sur l’encombrement bronchique catarrhal chronique est rapportée.
- Diurétique. Une action notable sur l’élimination rénale est traditionnellement reconnue à la racine de Livèche, ce qui a valu à cette plante d’être utilisée depuis longtemps dans les troubles urinaires.
- Vermifuge. En cohérence avec son action antiparasitaire, une action vermifuge nettement marquée est également rapportée par certains auteurs.
Propriétés énergétiques
Dans les approches énergétiques de l’aromathérapie, la Livèche est associée au drainage et à la libération des « encrassements » accumulés, qu’ils soient d’origine alimentaire, médicamenteuse ou émotionnelle. Elle est parfois envisagée comme une huile de « remise à zéro » des émonctoires, invitant à se délester du superflu pour retrouver de la clarté et de l’élan intérieur.
Autres bienfaits
Au-delà de son action hépatorénale majeure, la Livèche est traditionnellement utilisée dans l’accompagnement des séquelles d’hépatites, des entérocolites fermentaires et parasitaires, ainsi que dans les rhumatismes et l’arthrite, en cohérence avec son rôle de drainage des toxines. Elle est également mentionnée dans l’accompagnement du syndrome métabolique, en synergie avec d’autres huiles essentielles à tropisme hépatique.
Utilisations pratiques
L’huile essentielle de Livèche est avant tout employée par voie orale, en cures courtes et encadrées, pour ses effets sur le foie, les reins et la peau. Elle s’intègre dans des formules de drainage hépatorénal, associée à d’autres huiles essentielles cholérétiques ou à des teintures mères de plantes drainantes (chardon-Marie, ortie). Par voie cutanée, toujours diluée et en usage ponctuel, elle peut être intégrée à des soins visant à accompagner les manifestations cutanées de type psoriasique, en synergie avec des huiles essentielles apaisantes et une huile végétale adaptée. En diffusion ou en olfaction, elle est moins employée, ses indications relevant avant tout de la sphère métabolique et cutanée plutôt qu’émotionnelle ou respiratoire.
Comment utiliser la Livèche ?
| Usage | Application | Dilution / dosage indicatif |
|---|---|---|
| Voie orale (drainage hépatorénal) | Quelques gouttes diluées dans un support neutre (miel, huile végétale, comprimé neutre), sur une cure courte | 2 à 3 gouttes, 2 à 3 fois par jour, pendant 2 à 3 semaines maximum, sous encadrement d’un professionnel de santé |
| Voie cutanée (soin ciblé, ex. psoriasis) | En synergie, diluée dans une huile végétale, application locale | Dilution à 5-10 % maximum dans l’huile végétale, 1 à 2 applications locales par jour, jamais sur peau exposée au soleil |
| Voie orale (formule complexe multi-huiles) | Intégrée à un mélange avec d’autres huiles essentielles à tropisme hépatique | Toujours en proportion minoritaire du mélange, sur avis d’un professionnel qualifié |
Ces indications sont données à titre informatif général et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé ou d’un aromathérapeute qualifié, en particulier compte tenu de la puissance de cette huile essentielle et de son profil de précautions.
Synergies recommandées
Huiles essentielles associées
Pour l’accompagnement des manifestations cutanées de type psoriasique, la Livèche est traditionnellement associée à l’huile essentielle de Niaouli, à l’huile essentielle de Camomille noble (romaine), à l’huile essentielle d’Encens oliban et à l’huile essentielle de Tea Tree. Pour le soutien de la fonction hépatique, elle se combine classiquement à l’huile essentielle de Romarin officinal à verbénone et à l’huile essentielle de Thym à thujanol. Dans le cadre du syndrome métabolique, elle est parfois associée à l’huile essentielle d’Hélichryse italienne, toujours accompagnée du Romarin officinal à verbénone.
Huiles végétales associées
Pour les applications cutanées, l’huile végétale de calendula est traditionnellement retenue comme support pour ses propriétés apaisantes sur les peaux sensibilisées ou sujettes au psoriasis. Une huile végétale neutre et bien tolérée (comme l’huile de noyau d’abricot ou l’huile de jojoba) peut également servir de support de dilution pour les usages ponctuels.
Précautions d’emploi
L’huile essentielle de Livèche contient des furocoumarines photosensibilisantes (psoralène, bergaptène, ombelliférone). Toute application cutanée doit impérativement être suivie d’une éviction de l’exposition solaire ou aux rayonnements UV sur la zone traitée, pendant au moins 12 heures. L’usage externe ou l’usage prolongé par voie orale est déconseillé en raison de ce risque de phototoxicité.
Cette huile essentielle est déconseillée chez le bébé et l’enfant de moins de 30 mois, quelle que soit la voie d’administration. Chez la femme enceinte, la voie orale ou sublinguale est à éviter ; un usage cutané très fortement dilué peut être envisagé uniquement sur avis d’un professionnel qualifié. Chez la femme allaitante, un usage très dilué (voie orale ou cutanée) peut également être envisagé, toujours encadré. Les patients présentant une fragilité neurologique doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée et d’un encadrement professionnel, quelle que soit la voie choisie.
Compte tenu de sa légère activité anticoagulante, la prudence est de mise en cas de traitement anticoagulant en cours ou avant une intervention chirurgicale. Comme pour toute huile essentielle riche en phtalides et en furocoumarines, l’avis d’un professionnel de santé formé à l’aromathérapie est recommandé avant toute utilisation, en particulier par voie orale.
Composition biochimique
L’huile essentielle de Livèche présente une composition dominée par les phtalides, qui peuvent représenter la moitié, voire davantage, du totum :
- Phtalides (part majoritaire) : acide sédanonique, alkyl-phtalides (3n-butylphtalide, sédanénolide, 3n-butyl-hexahydrophtalide) et alkylidène-phtalides, dont le Z- et le E-butylidenephtalide et le Z- et le E-ligustilide (le ligustilide constituant l’un des marqueurs les plus caractéristiques de cette huile essentielle)
- Monoterpènes : alpha-pinène, bêta-pinène, bêta-phellandrène
- Sesquiterpènes : alpha-copaène, trans-alpha-bergamotène, bêta-élémène
- Hydrocarbures : pentylbenzène
- Monoterpénols et alcools : hexanol
- Esters terpéniques : acétate de terpényle
- Monoterpénones : camphre, carvone
- Coumarines et furocoumarines : coumarine, ombelliférone, psoralène, bergaptène
Cette composition varie selon l’origine géographique, le stade de développement de la plante et la méthode d’extraction. L’extraction au CO2 supercritique, utilisée pour le produit ici décrit, tend à concentrer efficacement les composés lipophiles (phtalides, coumarines et furocoumarines), ce qui peut se traduire par des proportions relatives différentes de celles rapportées pour l’huile essentielle obtenue par distillation à la vapeur d’eau, méthode à laquelle se réfère la majorité des données de composition disponibles dans la littérature.
Références bibliographiques
Ouvrages
- Franchomme P., Jollois R., Pénoël D. L’Aromathérapie exactement. Roger Jollois Éditeur.
- Baudoux D. Aromathérapie : 100 huiles essentielles pour se soigner par les huiles essentielles. Éditions Amyris / De Boeck.
Études scientifiques (PubMed)
- Miran M, Feizabadi MM, Kazemian H, Kardan-Yamchi J, Monsef-Esfahani HR, Nejad Ebrahimi S. « The activity of Levisticum officinale W.D.J. Koch essential oil against multidrug-resistant Mycobacterium tuberculosis. » Iranian Journal of Microbiology, 2018 Dec;10(6):394-399. PMID 30873267.
- Miran M, Monsef Esfahani H, Jung JH, Aliahmadi A, Skropeta D, Abbas-Mohammadi M, Nejad Ebrahimi S, Moridi Farimani M. « Characterization and Antibacterial Activity of Phthalides from the Roots of the Medicinal Herb Levisticum officinale W.D.J. Koch. » Iranian Journal of Pharmaceutical Research, 2020 Spring;19(2):182-186. PMID 33224223.
Foire aux questions
L’huile essentielle de Livèche est-elle la même chose que l’huile essentielle de céleri ?
Non. La Livèche (Levisticum officinale) et le céleri (Apium graveolens) sont deux Apiacées distinctes, proches botaniquement et toutes deux riches en phtalides, mais dont les huiles essentielles présentent des profils biochimiques et des dosages relatifs différents. Elles ne doivent pas être substituées l’une à l’autre sans discernement.
Pourquoi la Livèche est-elle réputée pour le foie ?
Sa richesse en phtalides, notamment en ligustilide, lui confère une action de stimulation des hépatocytes et des canaux biliaires, décrite dans la littérature aromathérapeutique comme l’une des actions détoxifiantes hépatorénales les plus puissantes disponibles, utile en cas d’intoxication alimentaire, chimique ou médicamenteuse.
Peut-on s’exposer au soleil après une application cutanée de Livèche ?
Non, cela est déconseillé. L’huile essentielle de Livèche contient des furocoumarines photosensibilisantes (psoralène, bergaptène) qui peuvent provoquer des réactions cutanées en cas d’exposition aux UV sur la zone d’application. Il convient d’éviter toute exposition solaire pendant au moins 12 heures après une application cutanée.
L’huile essentielle de Livèche convient-elle aux enfants ?
Non, elle est déconseillée chez le nourrisson et l’enfant de moins de 30 mois, et son usage chez l’enfant plus âgé doit rester exceptionnel et encadré par un professionnel de santé formé à l’aromathérapie.
Quelle est la différence entre l’huile essentielle de Livèche distillée et l’extrait CO2 ?
La distillation à la vapeur d’eau et l’extraction au CO2 supercritique donnent toutes deux un totum riche en phtalides, mais l’extraction au CO2 concentre plus efficacement les composés lipophiles, dont les furocoumarines, ce qui peut légèrement modifier les proportions relatives des constituants par rapport aux données de composition habituellement rapportées pour l’huile essentielle distillée.