Gemmothérapie : bourgeon de Cassis (Ribes nigrum)
Résumé : Le bourgeon de cassis (Ribes nigrum), récolté au printemps et macéré selon les principes de la gemmothérapie, occupe une place centrale parmi les bourgeons utilisés en phytothérapie de terrain. Issu des travaux du Dr Pol Henry puis du Dr Max Tétau, il est traditionnellement reconnu pour son action stimulante sur les glandes surrénales, comparée par la tradition à un effet cortisone-like naturel, ainsi que pour ses propriétés antiallergiques et anti-inflammatoires articulaires. Draineur reconnu de l’organisme, il est également employé en accompagnement du stress chronique et de la fatigue. Cette fiche technique détaille ses usages traditionnels, sa posologie et ses précautions d’emploi.
➤ Note : bien-être traditionnel, pas un traitement médical, avis médical nécessaire si pathologie, grossesse, allaitement ou traitement en cours
Tout savoir sur le bourgeon de cassis – Navigation rapide dans l’article
- Qu’est-ce que le bourgeon de cassis ?
- Bienfaits et propriétés
- Utilisations pratiques
- Comment utiliser le bourgeon de cassis ?
- Synergies recommandées
- Précautions d’emploi
- Composition et principes actifs
- Références bibliographiques
- Foire aux questions
Qu’est-ce que le bourgeon de cassis ?
La gemmothérapie est une branche de la phytothérapie qui utilise les tissus embryonnaires des plantes, c’est-à-dire les bourgeons et jeunes pousses, plutôt que la feuille, la fleur ou le fruit de la plante adulte. Ces tissus en pleine croissance concentrent une diversité de composés (polyphénols, acides aminés, minéraux, hormones végétales de croissance) que l’on ne retrouve pas toujours avec la même intensité dans la plante mature. Cette approche a été formalisée au XXe siècle par le médecin belge Pol Henry, qui parlait de « phytembryothérapie », puis développée et diffusée sous le nom de « gemmothérapie » par le médecin français Max Tétau.
Le bourgeon de cassis (Ribes nigrum) est récolté frais au printemps, puis mis à macérer dans un mélange à parts égales d’eau, d’alcool et de glycérine végétale, selon une proportion d’environ un gramme de bourgeons pour dix-neuf grammes de solvant. Le produit obtenu, appelé macérat-mère (ou macérat « 0 DH »), est la forme non diluée et la plus couramment employée aujourd’hui, car considérée comme la plus représentative du bourgeon frais. Certains laboratoires proposent également une version diluée au dixième, appelée « 1 DH » (DH signifiant dilution homéopathique) : le macérat-mère est alors dilué dix fois dans un mélange d’alcool et de glycérine, sans eau, ce qui impose de multiplier la posologie par dix pour obtenir un effet comparable. Le macérat-mère reste aujourd’hui la forme privilégiée par la majorité des utilisateurs et des praticiens en gemmothérapie.
Sur le plan botanique, le cassissier pousse préférentiellement sur des sols humides et ombragés. Contrairement à de nombreux arbres utilisés en gemmothérapie, ce sont des bourgeons répartis le long de la tige qui sont récoltés, et non uniquement les bourgeons apicaux situés au sommet des rameaux, le cassissier n’en produisant pas suffisamment. Le cassis figure parmi les bourgeons les plus employés en gemmothérapie, à tel point que des tensions d’approvisionnement ont parfois été observées.
Bienfaits et propriétés
Propriétés principales
- Stimulation des glandes surrénales et soutien face au stress chronique. Le bourgeon de cassis est traditionnellement considéré comme un grand adaptogène en gemmothérapie. Le docteur Pol Henry, puis ses successeurs, lui attribuent une action régulatrice et régénérante sur les glandes corticosurrénales, avec une stimulation de la production naturelle de cortisol, l’hormone qui permet à l’organisme de faire face au stress et de moduler l’inflammation. Cette action est couramment résumée par la formule d’un effet « cortisone-like », c’est-à-dire proche de celui de la cortisone de synthèse, sans les effets indésirables qui lui sont associés. Elle explique l’usage traditionnel du cassis en période de fatigue nerveuse, de surmenage ou d’exposition prolongée au froid, ainsi que chez les personnes ayant suivi des traitements cortisoniques répétés et pour lesquelles un accompagnement du terrain surrénalien est recherché.
- Action antiallergique. Le cassis est l’un des bourgeons les plus utilisés en gemmothérapie face aux manifestations allergiques, quelle que soit leur origine : rhinite allergique, réactions respiratoires de type asthmatique, allergies cutanées. Cette réputation s’appuie traditionnellement sur deux mécanismes complémentaires : l’amélioration de la production de cortisol, qui atténue l’inflammation de type allergique, et la présence de nombreux flavonoïdes reconnus pour leur activité antihistaminique, c’est-à-dire capables de limiter la production d’histamine, médiateur central des réactions allergiques.
- Action anti-inflammatoire sur la sphère ostéoarticulaire. Le cassis est employé traditionnellement dans les situations d’inflammation articulaire ou tendineuse associées à une accumulation de toxines : goutte, tendinite, arthrite, arthrose, inflammations ligamentaires. Il est également utilisé de façon traditionnelle comme soutien anti-inflammatoire après un traumatisme (fracture, entorse, déchirure), en complément d’une prise en charge médicale adaptée.
Autres bienfaits
- Draineur reconnu de l’organisme : le cassis favorise l’élimination rénale et soutient l’activité des différents émonctoires, sans toxicité rapportée aux doses usuelles. Il favorise notamment l’élimination de toxines comme l’acide urique, le cholestérol ou l’urée.
- Soutien hépatique traditionnel, particulièrement recherché lors de prises médicamenteuses prolongées.
- Soutien du système immunitaire, notamment en période hivernale et après un épisode infectieux ou grippal.
- Usage cutané traditionnel dans les inflammations de la peau, qu’elles soient d’origine allergique ou non (eczéma, psoriasis, urticaire), toujours en application diluée dans une crème neutre en raison de la teneur en alcool du macérat.
- Soutien traditionnel en cas de piqûres d’insectes (guêpe, moustique), pour limiter la réaction locale et les démangeaisons ; cet usage ne remplace pas une prise en charge médicale en cas de piqûre d’animal venimeux.
- Tonicité vasculaire et soutien de la circulation, avec une action traditionnellement rapportée sur la coagulation et le tonus des parois veineuses.
Utilisations pratiques
Le bourgeon de cassis est traditionnellement associé aux situations suivantes :
- Terrain allergique saisonnier (rhume des foins, rhinite, manifestations respiratoires liées aux pollens), en particulier en préparation de la saison concernée.
- Périodes de fatigue physique ou nerveuse, de surmenage ou de convalescence, en raison de son action tonifiante et régénérante sur les surrénales.
- Confort articulaire au quotidien ou lors de poussées inflammatoires (arthrose, arthrite, goutte), en particulier en association avec d’autres bourgeons à visée ostéoarticulaire.
- Accompagnement de l’organisme en période hivernale, pour soutenir les défenses naturelles.
- Application locale, diluée, en complément de la prise orale, lors de manifestations cutanées inflammatoires ou allergiques.
Le cassis n’est pas recommandé le soir : son action tonifiante peut interférer avec l’endormissement chez les personnes sensibles. Il est généralement conseillé de réserver les prises au réveil et à la mi-journée.
Comment utiliser le bourgeon de cassis ?
Le macérat-mère (0 DH) de bourgeon de cassis s’utilise par voie orale, en gouttes prises sous la langue ou diluées dans un peu d’eau, de préférence en dehors des repas.
| Public | Posologie usuelle | Fréquence |
|---|---|---|
| Adulte | 5 à 15 gouttes par jour de macérat-mère | 1 à 3 prises, le matin et/ou la mi-journée (à éviter le soir) |
| Enfant | 1 goutte par année d’âge | 1 à 2 prises par jour, avis d’un professionnel de santé recommandé |
| Usage cutané (application locale) | 3 gouttes diluées dans une noisette de crème neutre bio | Jusqu’à plusieurs applications par jour en période de crise |
La cure classique s’organise sur trois semaines de prise, suivies d’une semaine de pause, ce cycle pouvant être reconduit sur plusieurs mois selon le besoin. Une prise unique quotidienne correspond davantage à un travail de fond, tandis que deux à trois prises par jour conviennent à une cure ciblée ou à un besoin plus intense. Comme pour tout macérat de bourgeons, la posologie doit être adaptée progressivement, en commençant par une dose minimale.
Le solvant traditionnel du macérat-mère contenant de l’alcool, sa consommation pure sur une peau irritée ou sensible est déconseillée : en application cutanée, il doit systématiquement être dilué dans une base neutre.
Synergies recommandées
Autres bourgeons associés
- Bourgeon de bouleau blanc, pour son action drainante et régénérante générale, en particulier dans les terrains allergiques ou arthritiques.
- Bourgeon d’aulne glutineux, en soutien du système immunitaire et de la sphère respiratoire.
- Bourgeon de chêne, en association pour la fatigue et le manque de tonus (trio traditionnel chêne, séquoia, cassis).
- Bourgeon de pin et bourgeon de vigne, pour un soutien renforcé de la sphère ostéoarticulaire (arthrose, arthrite, polyarthrite).
- Bourgeon de frêne, en cas de goutte ou de terrain acide articulaire.
- Bourgeon de viorne lantane, en cas de terrain asthmatique ou allergique installé.
Huiles essentielles associées recommandées
- Huile essentielle d’Épinette noire (Picea mariana), traditionnellement reconnue pour son action tonique sur les glandes surrénales, en cohérence avec l’action de fond du cassis.
- Huile essentielle d’Estragon (Artemisia dracunculus), utilisée traditionnellement en aromathérapie dans l’accompagnement des terrains allergiques.
- Huile essentielle de Gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima), reconnue en usage cutané pour son action apaisante sur les articulations et les tendons.
Précautions d’emploi
- Le macérat-mère traditionnel est obtenu dans un solvant contenant de l’alcool. Cette teneur impose une vigilance particulière chez la femme enceinte ou allaitante, chez l’enfant, ainsi que chez toute personne en situation de sevrage ou de vulnérabilité à l’égard de l’alcool.
- L’usage du bourgeon de cassis pendant la grossesse est traditionnellement déconseillé ; l’avis d’un professionnel de santé est nécessaire avant toute utilisation chez la femme enceinte ou allaitante.
- En raison de son action stimulante sur les glandes surrénales et de sa proximité traditionnelle avec l’action de la cortisone, l’avis d’un professionnel de santé est recommandé pour toute personne suivant un traitement médicamenteux, en particulier hormonal ou cortisonique.
- Un avis médical est recommandé en cas de troubles rénaux importants, le cassis exerçant une action stimulante sur la fonction rénale.
- L’usage en soirée est déconseillé en raison de l’effet tonifiant du cassis, susceptible d’interférer avec l’endormissement.
- Comme pour tout complément traditionnel, cette utilisation ne remplace ni un diagnostic ni un traitement médical prescrit par un professionnel de santé.
Composition et principes actifs
La composition du bourgeon de cassis reste moins documentée par des données quantitatives publiées que celle du fruit ou de la feuille du cassissier, beaucoup plus étudiés. Une analyse phytochimique publiée en 2023, portant spécifiquement sur un extrait de bourgeons de cassis obtenu selon les principes de la gemmothérapie, a permis d’identifier une composition riche et de quantifier pour la première fois plusieurs flavonoïdes dans ce type d’extrait.
| Famille de composés | Éléments identifiés | Remarque |
|---|---|---|
| Flavonoïdes | Lutéoline, quercétine, apigénine, kaempférol | Quantifiés pour la première fois dans un extrait de bourgeons de cassis (étude de 2023) |
| Phytonutriments | Environ 133 composés recensés au total | Analyse phytochimique complète du même extrait de bourgeons |
| Composés aromatiques | Présence documentée | Le cassissier est reconnu pour la forte teneur aromatique de ses bourgeons et de ses feuilles |
La tradition en gemmothérapie attribue par ailleurs au bourgeon de cassis une teneur notable en flavonoïdes à activité antihistaminique, cohérente avec sa réputation antiallergique, ainsi qu’en composés antioxydants.
Références bibliographiques
Ouvrages
- Pineau, L., Le grand livre de la gemmothérapie, Éditions Leduc.
- Boistard, S., Gemmothérapie, les bourgeons au service de la santé, Éditions Terran.
- Dogna, M. et Lhôte, A.-F., Répertoire de gemmothérapie, Éditions Irelia.
- Luu, C., Le Guide Terre vivante de la gemmothérapie : 57 bourgeons pour se soigner au quotidien, Éditions Terre vivante.
Études PubMed
- Téglás T, Mihok E, Cziáky Z, et al. The Flavonoid Rich Black Currant (Ribes nigrum) Ethanolic Gemmotherapy Extract Elicits Neuroprotective Effect by Preventing Microglial Body Swelling in Hippocampus and Reduces Serum TNF-α Level: Pilot Study. Molecules. 2023;28(8):3571. PMID : 37110805. Étude portant spécifiquement sur un extrait de bourgeons (macérat de gemmothérapie), modèle animal.
- Tomczyk M, Dżugan M. Bioactive Compounds and Therapeutic Potential of Plant Buds: Current Evidence and Future Perspectives of Gemmotherapy. Molecules. 2026;31:1559. PMID : 42197114. Revue portant sur les bourgeons en gemmothérapie de façon générale, non spécifique au cassis.
- Gopalan A, et al. The health benefits of blackcurrants. Food Funct. 2012. PMID : 22673662. Étude portant sur le cassis dans son ensemble (fruit et feuille), non spécifique au bourgeon.
- Cortez RE, Gonzalez de Mejia E. Blackcurrants (Ribes nigrum): A Review on Chemistry, Processing, and Health Benefits. J Food Sci. 2019. PMID : 31454085. Revue portant sur le cassis dans son ensemble (fruit et feuille), non spécifique au bourgeon.
Foire aux questions
Peut-on prendre le bourgeon de cassis toute l’année ?
La pratique traditionnelle en gemmothérapie privilégie des cures de trois semaines suivies d’une semaine de pause, plutôt qu’une prise continue toute l’année. Cette organisation peut être reconduite sur plusieurs mois selon les besoins.
Quelle est la différence entre le macérat-mère et le macérat dilué à 1 DH ?
Le macérat-mère, aussi appelé « 0 DH », est la forme non diluée obtenue directement par macération des bourgeons frais. Le macérat à 1 DH correspond à une dilution supplémentaire au dixième dans un mélange d’alcool et de glycérine, ce qui implique une posologie environ dix fois plus élevée en gouttes. Le macérat-mère est aujourd’hui la forme la plus largement utilisée.
Le bourgeon de cassis convient-il pendant la grossesse ?
Son usage est traditionnellement déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement. Un avis médical préalable est nécessaire dans ces situations.
Pourquoi éviter de prendre le cassis en fin de journée ?
Le cassis est traditionnellement décrit comme tonifiant. Une prise tardive peut, chez certaines personnes, interférer avec l’endormissement. Il est préférable de réserver les prises au matin et à la mi-journée.
Peut-on appliquer le macérat de cassis directement sur la peau ?
Le macérat contenant de l’alcool, son application pure sur une peau irritée ou sensible n’est pas recommandée. En usage cutané, il est habituellement dilué dans une petite quantité de crème neutre.
Le bourgeon de cassis remplace-t-il un traitement contre les allergies ?
Non. Le bourgeon de cassis s’inscrit dans une démarche de bien-être traditionnel et d’accompagnement du terrain. Il ne se substitue pas à un traitement médical prescrit pour une pathologie allergique diagnostiquée.