Trémelle (Tremella fuciformis)
Résumé : La trémelle (Tremella fuciformis), aussi appelée « champignon gelée blanche », est un champignon gélatineux utilisé depuis des siècles dans la tradition chinoise comme tonique général et comme remède de terrain, notamment pour la sphère respiratoire et pour accompagner la convalescence. Elle contient des polysaccharides spécifiques, étudiés depuis les années 2010 pour leur rôle dans l’hydratation et le vieillissement cutané, ce qui en fait aujourd’hui un champignon de référence dans les approches de mycothérapie orientées vers la peau. Les données disponibles restent cependant majoritairement issues de travaux in vitro et animaux, avec une seule étude clinique humaine ciblée sur l’hydratation cutanée, par voie topique et non orale.
➤ Note : la mycothérapie relève du bien-être traditionnel et n’a pas vocation à se substituer à un traitement médical. Un avis médical reste nécessaire en cas de pathologie déclarée, de grossesse, d’allaitement, de traitement en cours ou avant toute automédication prolongée.
Tout savoir sur la Trémelle – Navigation rapide dans l’article
- Qu’est-ce que la Trémelle ?
- Bienfaits et propriétés
- Utilisations pratiques
- Comment utiliser la Trémelle ?
- Synergies recommandées
- Précautions d’emploi
- Composition et principes actifs
- Références bibliographiques
- Foire aux questions
Qu’est-ce que la Trémelle ?
Tremella fuciformis, surnommée « bai mu erh » (champignon blanc) ou « snow fungus » dans la littérature anglophone, est un champignon à chair gélatineuse et translucide, de forme ondulée et convolutée, qui se développe sur le bois d’arbres feuillus (chênes, saules, peupliers, châtaigniers, érables) dans les régions chaudes et humides d’Asie, où il est aujourd’hui largement cultivé. Séché, il prend une teinte légèrement jaunâtre.
Utilisée depuis des siècles en Chine comme tonique du Qi, la trémelle est traditionnellement considérée comme un remède de la vitalité et de l’épuisement, employée en cas de faiblesse post-partum, de constipation, de règles irrégulières ou de toux sèche liée à une insuffisance de yin pulmonaire. La préparation traditionnelle consiste à faire tremper 3 à 4 g de champignon séché une à deux heures, puis à le cuire doucement jusqu’à obtenir une pâte à laquelle on ajoute du sucre candi, consommée deux fois par jour.
En naturopathie et en phytocosmétique contemporaines, la trémelle est plus récemment devenue un champignon de référence pour la sphère cutanée, en lien avec ses polysaccharides à haut pouvoir de rétention d’eau, dans une logique différente de son usage traditionnel chinois centré sur la vitalité générale et la sphère respiratoire.
Bienfaits et propriétés
Propriétés traditionnelles (tonique général)
- Tonique du Qi et de la vitalité. La médecine traditionnelle chinoise attribue à la trémelle une action de soutien de l’énergie vitale, en particulier dans les états de fatigue et de convalescence, ainsi qu’un effet nourrissant sur le yin pulmonaire et gastrique.
- Soutien de la sphère respiratoire. Elle est traditionnellement employée pour la toux sèche et la bronchite chronique associées à une insuffisance de yin, un usage qui a inspiré des préparations fermentées encore commercialisées en Chine pour accompagner la récupération des globules blancs après radiothérapie ou chimiothérapie et pour la toux chronique (Yang et Jong, 1989, cités par Hobbs).
- Soutien du terrain immunitaire. Des travaux chinois des années 1980 rapportent une stimulation de l’activité des macrophages et de la phagocytose, une augmentation de la production d’interféron et d’interleukine-2, ainsi qu’un effet radioprotecteur par stimulation de l’activité des cellules NK chez l’animal (Xiao, 1987 ; Zhu, 1987 ; Yang et al., 1986 ; Ma et Lin, 1992, cités par Hobbs). Une étude clinique chinoise portant sur 45 patients atteints d’hépatite chronique, traités par capsules de trémelle (1 g, trois fois par jour, pendant trois mois), a rapporté une amélioration clinique chez une majorité de patients et une négativation de l’antigène HBs chez 10 des 32 patients porteurs (Xiong et al., 1985, cité par Hobbs). Ce résultat, ancien et isolé, ne constitue pas une preuve de niveau actuel et demande à être confirmé par des essais contemporains.
Propriétés plus récentes (axe cutané)
- Les polysaccharides de Tremella fuciformis font l’objet, depuis les années 2010, d’un nombre croissant de travaux de cosmétologie expérimentale. Une revue de synthèse publiée en 2023 dans Archives of Dermatological Research (Mineroff et Jagdeo, 2023) recense des effets documentés sur le vieillissement cutané, la photoprotection, la cicatrisation et la fonction barrière de la peau, tout en précisant explicitement que la grande majorité de ces données proviennent de modèles in vitro et animaux, et que des essais cliniques chez l’humain restent nécessaires pour confirmer ces usages en dermatologie.
- Une étude menée sur des fibroblastes cutanés humains a montré qu’un polysaccharide de trémelle protège ces cellules du stress oxydatif induit par le peroxyde d’hydrogène, via une activation de la protéine SIRT1, avec une réduction de l’apoptose cellulaire (Shen et al., 2017, Molecular Medicine Reports). Il s’agit d’un travail in vitro, qui éclaire un mécanisme possible sans démontrer un effet clinique.
- Une étude clinique publiée en 2020 (Lourith, Pungprom et Kanlayavattanakul, Journal of Cosmetic Dermatology) a évalué un gel hydroalcoolique pour les mains enrichi en polysaccharide de trémelle à 10 %, chez 20 volontaires. Le gel a montré un effet hydratant cutané significativement supérieur au placebo, mesuré jusqu’à 180 minutes après application. Cette étude est, à ce jour, la principale donnée clinique humaine disponible sur l’effet hydratant de la trémelle : elle porte sur une application topique et non sur une prise orale, ce qui est à distinguer de l’usage en extrait buvable.
Ce que les sources ne permettent pas d’affirmer
Aucune étude clinique randomisée n’a, à ce jour, évalué l’effet d’une prise orale de polysaccharides de trémelle sur l’hydratation ou l’élasticité de la peau. L’hypothèse d’un bénéfice cutané par voie orale repose sur un raisonnement par extrapolation (mécanismes in vitro, effet topique démontré) plutôt que sur une preuve clinique directe. Cette limite est reconnue par les auteurs de la revue de 2023 eux-mêmes.
Utilisations pratiques
Dans une logique traditionnelle, la trémelle est envisagée comme un soutien de fond en cas de fatigue générale, de convalescence ou de toux sèche chronique associée à un terrain de yin déficient (sécheresse, amaigrissement, voix faible). Elle peut également être envisagée en accompagnement du confort respiratoire lors des refroidissements de l’automne et de l’hiver, en complément d’autres outils naturels déjà documentés sur le blog pour cette période (voir l’article sur l’immunité à l’automne).
Dans une logique plus contemporaine, la trémelle est proposée en cure pour accompagner l’hydratation et l’aspect de la peau, un usage qui s’appuie pour l’instant sur des données encourageantes mais partielles (voir plus haut), et qui reste à considérer comme un complément d’une routine d’hydratation globale plutôt que comme un substitut à celle-ci.
Comment utiliser la Trémelle ?
| Usage | Forme | Dosage indicatif |
|---|---|---|
| Tonique traditionnel, convalescence | Champignon séché en décoction | 3 à 4 g de champignon séché, trempé puis cuit en pâte, 1 à 2 fois par jour |
| Cure de terrain (extrait liquide du commerce) | Extrait liquide buvable | Selon la concentration du produit (dose usuelle autour de 300 mg d’équivalent champignon sec par jour), en cure d’environ 30 jours, à adapter selon l’étiquetage du fabricant |
Ces repères sont indicatifs. Les extraits liquides du commerce varient en concentration et en mode d’extraction (décoction simple ou double extraction hydro-alcoolique) : il convient de toujours se référer à la posologie indiquée sur le produit utilisé.
Synergies recommandées
Autres champignons médicinaux associés
- Reishi, pour une action conjointe sur le terrain immunitaire et l’adaptation générale de l’organisme.
- Shiitake, dans une logique de synergie traditionnelle asiatique sur la vitalité et les défenses naturelles.
Sur le plan cutané, une cure de trémelle peut être associée à une bonne hydratation générale et, le cas échéant, aux hydrolats à usage cutané déjà présentés sur le blog, dans une approche complémentaire et non substitutive.
Précautions d’emploi
Les sources consultées, notamment la monographie de référence de Christopher Hobbs, considèrent la trémelle comme non toxique sur la base des données disponibles (Ying et al., 1987 ; Hu et But, 1987), avec une dose létale élevée observée chez l’animal pour les polysaccharides isolés. Par précaution, un avis médical est recommandé en cas de grossesse, d’allaitement, de traitement en cours ou de pathologie chronique déclarée, les données de sécurité à long terme chez l’humain restant limitées. En l’absence de données spécifiques, la prudence est également de mise chez l’enfant.
Composition et principes actifs
La trémelle contient des polysaccharides spécifiques aux spores (polysaccharides A et B) ainsi que d’autres polysaccharides issus du corps fructifère (Kakuta, 1979 ; Ukai, 1978, cités par Hobbs). Elle renferme également des stérols, en particulier l’ergostérol (environ 16,8 % des stérols totaux) et des dérivés apparentés, ainsi qu’un profil d’acides gras dominé par l’acide oléique (environ 38,8 %) et l’acide linoléique (environ 28 %). Des phospholipides (phosphatidylcholine, phosphatidyléthanolamine, phosphatidylsérine, phosphatidylinositol, phosphatidylglycérol) ont également été identifiés (Huang et Chang, 1984, cités par Hobbs).
Références bibliographiques
Ouvrages
- Hobbs, Christopher. Medicinal Mushrooms: An Exploration of Tradition, Healing, and Culture. Botanica Press.
Études scientifiques
- Mineroff, J., Jagdeo, J. « The potential cutaneous benefits of Tremella fuciformis ». Archives of Dermatological Research, 2023, 315(7):1883-1886.
- Shen, T., Duan, C., Chen, B. et al. « Tremella fuciformis polysaccharide suppresses hydrogen peroxide-triggered injury of human skin fibroblasts via upregulation of SIRT1 ». Molecular Medicine Reports, 2017, 16(2):1340-1346.
- Lourith, N., Pungprom, S., Kanlayavattanakul, M. « Formulation and efficacy evaluation of the safe and efficient moisturizing snow mushroom hand sanitizer ». Journal of Cosmetic Dermatology, 2020 (publié en ligne), 2021, 20(2):554-560.
Foire aux questions
La trémelle hydrate-t-elle réellement la peau en cure buvable ?
Les données disponibles démontrent un effet hydratant par application topique (une étude clinique sur gel pour les mains) et des mécanismes protecteurs sur les cellules de la peau en laboratoire. Aucune étude clinique n’a, à ce jour, confirmé cet effet pour une prise orale, même si c’est la forme la plus répandue sur le marché de la mycothérapie.
La trémelle peut-elle remplacer un traitement contre l’hépatite ?
Non. Une étude chinoise ancienne et isolée a rapporté des résultats intéressants chez des patients atteints d’hépatite chronique, mais ce travail ne répond pas aux standards méthodologiques actuels et ne permet en aucun cas de proposer la trémelle comme alternative à un suivi médical et hépatologique.
La trémelle est-elle la même chose que les hydrolats hydratants ?
Non. La trémelle est un champignon pris par voie orale (ou, pour la recherche cosmétique, appliqué en extrait topique concentré), tandis que les hydrolats sont des eaux de distillation de plantes aromatiques utilisées en brumisation ou en soin cutané direct. Les deux peuvent être envisagés en complément l’un de l’autre, sans se substituer.
Quelle différence entre la trémelle et les autres champignons médicinaux comme le Reishi ou le Shiitake ?
La trémelle se distingue par son profil traditionnel centré sur la sphère respiratoire et la vitalité générale, et par l’intérêt plus récent porté à ses polysaccharides pour la peau. Le Reishi et le Shiitake sont traditionnellement associés à des usages plus larges sur le terrain immunitaire et hépatique, décrits dans leurs fiches respectives.