Huile essentielle de Katrafay feuille (Cedrelopsis grevei)

Résumé : L’huile essentielle de Katrafay feuille (Cedrelopsis grevei), extraite des feuilles de cet arbre endémique de Madagascar, ne doit pas être confondue avec l’huile essentielle de Katrafay écorce, beaucoup plus répandue sur le marché de l’aromathérapie et de composition nettement différente. L’huile de feuilles, dominée par des sesquiterpènes comme le (E)-béta-farnésène, a fait l’objet d’une étude de laboratoire mettant en évidence des activités anti-inflammatoire, cytotoxique sur des cellules cancéreuses en culture et antipaludique in vitro. Ces résultats préliminaires, obtenus en laboratoire, ne constituent en aucun cas la preuve d’une efficacité clinique chez l’humain, et cette huile essentielle reste beaucoup moins documentée et beaucoup moins disponible dans le commerce que le Katrafay écorce.

Note : les informations de cette fiche sont fournies à titre documentaire et ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé. Cette huile essentielle de feuilles est distincte de l’huile essentielle de Katrafay écorce, plus courante ; ne pas confondre les deux produits, dont la composition et les propriétés diffèrent.

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Qu’est-ce que l’huile essentielle de Katrafay feuille ?

Le Katrafay (Cedrelopsis grevei Baill. & Courchet), parfois orthographié Katafray ou Kathrafay selon les producteurs et les sources, est un arbre des régions subtropicales arides de Madagascar, présent sur la côte ouest et dans le sud de l’île. Il peut atteindre 2 à 15 mètres de haut. Ses feuilles composées mesurent de 12 à 20 cm de long sur 6 à 8 cm de large. Sa classification botanique varie selon les sources, entre la famille des Rutacées et celle des Ptéroxylacées (Ptaeroxylaceae), cette dernière étant parfois considérée comme une sous-famille des Rutacées.

Cette fiche porte exclusivement sur l’huile essentielle obtenue par distillation à la vapeur d’eau des feuilles de Cedrelopsis grevei. C’est un produit nettement plus rare et plus confidentiel que l’huile essentielle de Katrafay écorce, qui reste l’organe le plus couramment distillé et commercialisé pour cette espèce en aromathérapie occidentale. L’huile de feuilles n’a fait l’objet, à ce jour, que d’une seule étude scientifique publiée et indexée sur PubMed portant sur sa composition et ses activités biologiques (voir plus bas), ce qui impose une lecture particulièrement prudente de ses propriétés : les données disponibles sont préliminaires et obtenues en laboratoire, et non issues d’essais cliniques chez l’humain.

Dans la pharmacopée traditionnelle malgache, la décoction de feuilles de Katrafay est traditionnellement utilisée en cas de fragilité capillaire, de maux de gorge et de maux de tête, et les femmes malgaches l’utilisent également pour le soin de la peau. Il est important de noter que cet usage traditionnel concerne une décoction aqueuse de feuilles, un mode de préparation qui extrait des composés différents de ceux concentrés par la distillation à la vapeur d’eau utilisée pour produire l’huile essentielle ; cet usage traditionnel ne peut donc pas être directement attribué à l’huile essentielle elle-même.

Bienfaits et propriétés

Propriétés principales

  1. Activité anti-inflammatoire mesurée in vitro. La seule étude scientifique publiée à ce jour sur l’huile essentielle entière de feuilles de Cedrelopsis grevei a mesuré une activité anti-inflammatoire in vitro avec une IC50 de 21,33 mg/L (Afoulous et al., 2013). Il s’agit d’un résultat de laboratoire obtenu sur un modèle cellulaire, qui ne permet pas à lui seul de conclure à une efficacité anti-inflammatoire chez l’humain en usage courant.
  2. Activité antipaludique mesurée in vitro. La même étude a mesuré une activité contre Plasmodium falciparum en culture, avec une IC50 de 17,5 mg/L (Afoulous et al., 2013). Ce résultat de laboratoire est scientifiquement intéressant pour la recherche pharmacologique, mais il ne constitue en aucun cas la preuve d’une efficacité contre le paludisme chez l’humain : cette huile essentielle ne doit jamais être utilisée pour prévenir ou traiter le paludisme, une maladie potentiellement mortelle qui nécessite un diagnostic et un traitement médical spécifiques.
  3. Activité cytotoxique mesurée sur des cellules cancéreuses en culture. La même étude a mesuré une activité cytotoxique de l’huile essentielle sur une lignée de cellules de cancer du sein humain (MCF-7) en culture, avec une IC50 de 21,5 mg/L (Afoulous et al., 2013). Il est essentiel de bien comprendre la portée de ce résultat : il s’agit d’un test de cytotoxicité en laboratoire sur des cellules isolées en boîte de culture, qui ne démontre absolument pas une efficacité de cette huile essentielle contre le cancer chez l’humain. Une huile essentielle ne doit jamais être utilisée pour traiter un cancer ou remplacer un traitement oncologique prescrit par un médecin.
  4. Activité antioxydante globalement faible. La même étude a testé l’activité antioxydante de cette huile essentielle par deux méthodes différentes, avec des résultats contrastés : une activité très faible au test DPPH (IC50 supérieure à 1000 mg/L) et une activité modérée au test ABTS (IC50 de 110 mg/L) (Afoulous et al., 2013). Ce résultat nuance les propriétés antioxydantes parfois attribuées de façon générale aux huiles essentielles riches en sesquiterpènes.

Propriétés énergétiques

La littérature traditionnelle d’aromathérapie énergétique distingue rarement, pour cette espèce, les propriétés de l’écorce de celles des feuilles. Par extension du registre traditionnel associé à l’arbre dans son ensemble, le Katrafay feuille est parfois présenté comme une huile de soutien et d’ancrage, en particulier face à la fatigue nerveuse. Ces correspondances relèvent du savoir traditionnel en aromathérapie énergétique, ne sont pas spécifiques à l’organe feuille, et n’ont pas de validation scientifique.

Autres bienfaits

  • Certaines monographies professionnelles d’aromathérapie attribuent à cette huile essentielle, du fait de sa teneur rapportée en béta-caryophyllène selon ces mêmes sources, des propriétés immunostimulante, antivirale et anxiolytique. Cette attribution doit être prise avec une réserve importante : l’étude scientifique publiée sur la composition de l’huile de feuilles identifie le (E)-béta-farnésène, et non le béta-caryophyllène, comme composé très largement majoritaire (voir la section composition biochimique). Les propriétés liées au béta-caryophyllène ne sont donc pertinentes que si le lot considéré en contient effectivement une proportion notable, ce qui doit être vérifié sur la fiche de contrôle qualité de chaque lot.
  • Usage traditionnel professionnel rapporté en cas de troubles digestifs comme la gastrite, sans étude clinique disponible sur l’huile essentielle entière pour cette indication.
  • Usage traditionnel professionnel rapporté en soutien de la sphère respiratoire, notamment en cas d’asthme, à ne jamais utiliser en substitution d’un traitement de fond ou d’un traitement de crise prescrit par un médecin.

Utilisations pratiques

Recherche et intérêt pharmacologique. C’est à ce jour le principal terrain d’intérêt documenté pour cette huile essentielle : les résultats de laboratoire sur l’activité anti-inflammatoire, antipaludique et cytotoxique in vitro en font un sujet d’étude pour la recherche en pharmacologie des huiles essentielles malgaches, sans que cela se traduise pour l’instant en usage thérapeutique validé chez l’humain.

Douleurs viscérales et troubles digestifs. Usage traditionnel professionnel rapporté en cas de douleurs digestives ou de gastrite, en application cutanée diluée sur l’abdomen, à titre d’usage traditionnel non validé cliniquement pour l’huile essentielle entière.

Peau. Usage traditionnel professionnel rapporté en cas de lésions cutanées localisées, en application très diluée, en tenant compte du manque de données de sécurité spécifiques à cette huile essentielle de feuilles.

Sphère nerveuse. Usage traditionnel professionnel rapporté en cas de troubles anxieux légers, en olfaction ou en application cutanée diluée, sans donnée clinique disponible et sans pouvoir se substituer à une prise en charge d’un trouble anxieux avéré.

Comment utiliser l’huile essentielle de Katrafay feuille ?

Voie d’utilisationDilution / dosage indicatifConseils pratiques
Cutanée locale, fortement diluéeDiluée à 5-10 % dans une huile végétaleCompte tenu du peu de données de sécurité disponibles pour cette huile essentielle de feuilles, privilégier une dilution plus prudente que pour des huiles essentielles mieux documentées.
OlfactionQuelques inspirations au flaconUsage ponctuel, à ne pas prolonger sans avis d’un professionnel.
Diffusion atmosphériqueNon recommandée en l’absence de données spécifiquesEn l’absence de données de sécurité par inhalation prolongée spécifiques à cette huile essentielle, préférer d’autres huiles essentielles mieux documentées pour la diffusion continue.
Voie orale et voie rectaleNon recommandée en autonomieCes voies, parfois mentionnées dans des sources professionnelles pour cette huile essentielle, doivent impérativement rester réservées à la prescription et au suivi d’un professionnel de santé formé en aromathérapie, compte tenu du faible niveau de preuve disponible.

Synergies recommandées

Huiles essentielles associées

  • Ravintsara (Cinnamomum camphora ct cinéole) pour compléter le soutien respiratoire
  • Tea Tree (Melaleuca alternifolia) pour les applications cutanées locales
  • Camomille romaine (Chamaemelum nobile) pour l’apaisement nerveux
  • Petit grain bigarade (Citrus aurantium f. amara) pour son action traditionnellement apaisante sur le système nerveux
  • Basilic tropical (Ocimum basilicum ct méthylchavicol) pour son action traditionnellement antispasmodique digestive

Huiles végétales associées recommandées

  • Huile végétale de Jojoba, comme base neutre pour les applications cutanées diluées
  • Huile végétale de Calendula (macérat), pour apaiser les peaux sensibles
  • Huile végétale d’Amande douce, pour les applications sur peau fragile

Précautions d’emploi

  • Déconseillée chez la femme enceinte et allaitante, par précaution renforcée, en l’absence quasi totale de données de sécurité spécifiques à cette huile essentielle de feuilles.
  • Déconseillée chez le jeune enfant, par précaution renforcée, pour la même raison.
  • Cette huile essentielle ne doit en aucun cas être utilisée pour traiter ou prévenir le paludisme, ni pour traiter un cancer ou remplacer une chimiothérapie : les résultats disponibles sont des données de laboratoire préliminaires, obtenues in vitro, qui ne valent pas preuve d’efficacité clinique chez l’humain.
  • Les données de sécurité disponibles sur cette huile essentielle de feuilles sont beaucoup plus limitées que celles disponibles sur l’huile essentielle de Katrafay écorce elle-même déjà peu étudiée ; la prudence doit donc être maximale, avec des dilutions plus prudentes que pour des huiles essentielles courantes et bien documentées.
  • Toujours diluer dans une huile végétale avant application cutanée et réaliser un test de tolérance au pli du coude avant la première utilisation.
  • La composition rapportée pour cette huile essentielle varie sensiblement selon les sources professionnelles consultées (voir composition biochimique) ; vérifier systématiquement la fiche de contrôle qualité (chromatographie) du lot acheté plutôt que de se fier à une composition type unique.
  • Ne pas confondre avec l’huile essentielle de Katrafay écorce, produit distinct et bien plus répandu de la même espèce.
  • Conservation à l’abri de la lumière et de la chaleur, flacon bien fermé.

Composition biochimique

La composition biochimique de l’huile essentielle de Katrafay feuille diffère nettement de celle du Katrafay écorce. Selon l’unique étude scientifique publiée et indexée sur PubMed à ce jour sur l’huile essentielle entière de feuilles, soixante-quatre composants ont été identifiés, avec une très large prédominance de sesquiterpènes (Afoulous et al., 2013). Certaines monographies professionnelles d’aromathérapie rapportent par ailleurs un profil différent pour cette même huile, dominé par le béta-caryophyllène ; cette divergence entre sources n’a pas pu être tranchée avec les données disponibles et pourrait refléter, comme pour l’huile d’écorce, une variabilité de composition selon la zone de récolte et les lots. Les données ci-dessous ne remplacent pas la chromatographie du lot réellement acheté.

Famille biochimiqueComposés principauxProportion indicative
Sesquiterpènes hydrocarbures(E)-béta-farnésène, delta-cadinène, alpha-copaène, béta-élémèneSesquiterpènes hydrocarbures : 83,42 % du total ; sesquiterpènes toutes catégories confondues : 98,91 % du total. Composés principaux selon Afoulous et al. (2013) : (E)-béta-farnésène 27,61 %, delta-cadinène 14,48 %, alpha-copaène 7,65 %, béta-élémène 6,96 %.
Béta-caryophyllène(E)-béta-caryophyllèneProportion non précisée dans l’étude d’Afoulous et al. (2013) parmi les composés principaux cités ; rapporté comme largement majoritaire (environ 43 %) par d’autres monographies professionnelles non publiées scientifiquement. Cette divergence justifie une vérification systématique de la chromatographie du lot acheté.
Autres composés60 composés supplémentaires identifiés, non détaillés individuellement dans les sources consultéesEnviron 1 % du total au-delà des sesquiterpènes

Références bibliographiques

Ouvrages

  • Franchomme P., Jollois R., Pénoël D., L’aromathérapie exactement, Éditions Roger Jollois
  • Baudoux D., L’aromathérapie, Éditions Amyris
  • Festy D., Ma bible des huiles essentielles, Éditions Leduc
  • Faucon M., Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, Éditions Sang de la Terre

Études scientifiques (PubMed)

  • Afoulous S., Ferhout H., Raoelison E. G. et al., « Chemical composition and anticancer, antiinflammatory, antioxidant and antimalarial activities of leaves essential oil of Cedrelopsis grevei », Food and Chemical Toxicology, 2013, 56:352-362. Seule étude publiée et indexée sur PubMed portant sur l’huile essentielle entière de feuilles de Cedrelopsis grevei à ce jour ; résultats obtenus in vitro et en laboratoire, sans valeur d’efficacité clinique chez l’humain. PMID : 23459148
  • Gertsch J., Leonti M., Raduner S. et al., « Beta-caryophyllene is a dietary cannabinoid », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2008, 105(26):9099-9104. Étude portant sur le béta-caryophyllène isolé et non sur l’huile essentielle entière de Katrafay feuille, dont la teneur réelle en béta-caryophyllène fait par ailleurs débat entre les sources consultées (voir composition biochimique). PMID : 18574142

Foire aux questions

Quelle est la différence entre l’huile essentielle de Katrafay feuille et l’huile essentielle de Katrafay écorce ?

Ce sont deux huiles essentielles distinctes issues du même arbre, Cedrelopsis grevei, mais de composition très différente. L’huile d’écorce, la plus commercialisée, est dominée par des sesquiterpènes comme l’ishwarane et le béta-caryophyllène selon les monographies professionnelles consultées. L’huile de feuilles, beaucoup plus rare et étudiée par une seule publication scientifique à ce jour, est dominée par le (E)-béta-farnésène et le delta-cadinène. Les propriétés attribuées à l’une ne peuvent pas être transposées à l’autre.

L’huile essentielle de Katrafay feuille peut-elle traiter le cancer ou remplacer une chimiothérapie ?

Non, absolument pas. Une étude de laboratoire a mesuré une activité cytotoxique de cette huile essentielle sur des cellules de cancer du sein en culture, mais ce type de résultat in vitro ne démontre en rien une efficacité chez l’humain. Aucune huile essentielle ne doit être utilisée pour traiter un cancer ou remplacer un traitement oncologique prescrit par un médecin ; une telle substitution ferait courir un risque grave à la personne malade.

L’huile essentielle de Katrafay feuille peut-elle prévenir ou traiter le paludisme ?

Non. L’activité mesurée contre Plasmodium falciparum dans une étude de laboratoire est un résultat préliminaire in vitro, sans valeur de preuve clinique. Le paludisme est une maladie potentiellement mortelle qui nécessite systématiquement un diagnostic et un traitement médical, en particulier pour la prévention en zone d’endémie et lors de tout voyage.

Pourquoi la composition rapportée pour cette huile essentielle varie-t-elle autant selon les sources ?

L’unique étude scientifique publiée sur l’huile essentielle entière de feuilles identifie le (E)-béta-farnésène comme composé très largement majoritaire, alors que certaines monographies professionnelles d’aromathérapie décrivent un profil dominé par le béta-caryophyllène. Cette divergence n’a pas pu être expliquée avec les données actuellement disponibles ; elle pourrait provenir d’une variabilité naturelle de composition selon la zone de récolte, comme cela est documenté pour l’huile essentielle de Katrafay écorce, ou de lots d’origines différentes. C’est pourquoi la vérification de la chromatographie du lot acheté reste indispensable.

Cette huile essentielle est-elle facile à trouver dans le commerce ?

Non, elle est beaucoup plus rare et confidentielle que l’huile essentielle de Katrafay écorce. La plupart des boutiques d’aromathérapie qui proposent le Katrafay commercialisent en réalité l’huile d’écorce ; il convient donc de toujours vérifier sur l’étiquette du produit acheté s’il s’agit bien de l’organe feuille avant de suivre les indications de cette fiche.