Huile essentielle de Camomille romaine (Chamaemelum nobile)

Résumé : Distillée à partir des capitules floraux de Chamaemelum nobile, l’huile essentielle de camomille romaine se distingue par sa richesse en esters aliphatiques (75 à 80 %), qui lui confèrent des propriétés antispasmodiques et calmantes du système nerveux central parmi les plus marquées de l’aromathérapie. Elle est traditionnellement utilisée pour les chocs nerveux, les spasmes digestifs, les peaux sensibles et irritées, ainsi qu’en préparation avant une intervention chirurgicale. C’est une huile essentielle rare, obtenue avec un faible rendement de distillation, ce qui explique son prix élevé.

Note : la camomille romaine (Chamaemelum nobile) ne doit pas être confondue avec la camomille allemande ou matricaire (Matricaria chamomilla L.), la camomille sauvage ou marocaine (Ormenis mixta), ni avec la camomille bleue du Maroc (Tanacetum annuum), qui sont des plantes différentes, à la composition biochimique et aux indications distinctes. Cette fiche ne se substitue pas à un avis médical ou à une consultation auprès d’un professionnel de santé formé à l’aromathérapie.

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Qu’est-ce que l’huile essentielle de camomille romaine ?

La camomille romaine, ou camomille noble (Chamaemelum nobile (L.) All., synonyme Anthemis nobilis L.), appartient à la famille des Astéracées. C’est une plante herbacée vivace de 10 à 30 cm de haut, aux tiges velues d’abord couchées puis redressées, portant des capitules floraux radiés à ligules blanches et disque central jaune, à l’odeur caractéristique rappelant la pomme. Elle fleurit de juillet à septembre et pousse en Europe de l’Ouest, en particulier en France, où elle a longtemps été cultivée dans la région d’Anjou, ainsi qu’en Angleterre et en Belgique.

L’huile essentielle est obtenue par distillation par entraînement à la vapeur d’eau des fleurs ou des sommités fleuries. Le rendement de distillation est faible : il faut une grande quantité de capitules pour produire un litre d’huile essentielle, ce qui en fait l’une des huiles essentielles les plus onéreuses du marché.

La camomille romaine est connue depuis l’Antiquité. Les Grecs l’appelaient « chamaimelon », littéralement « pomme de terre » ou « pomme du sol », en référence à son parfum fruité qui se dégage lorsqu’on écrase ses feuilles. En Angleterre, elle a longtemps servi à composer des pelouses parfumées et des infusions calmantes, un usage domestique qui perdure aujourd’hui sous forme de tisane. En aromathérapie, elle occupe une place à part : c’est une huile essentielle douce d’usage, malgré la présence de cétones dans sa composition, et sa valeur thérapeutique est jugée élevée par les cliniciens qui l’utilisent (Franchomme, Jollois, Pénoël).

Un point de vigilance mérite d’être posé d’emblée, car la confusion est fréquente sur le marché de l’aromathérapie. Trois autres huiles essentielles portent également le nom usuel de « camomille » mais correspondent à des espèces botaniques différentes, avec une composition et des indications propres :

  • la camomille allemande ou camomille matricaire (Matricaria chamomilla L., syn. Matricaria recutita), riche en chamazulène et en alpha-bisabolol, réputée pour ses propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes cutanées ;
  • la camomille sauvage ou camomille marocaine, en réalité l’Orménie à fleurs mixtes (Ormenis mixta, syn. Ormenis multicaulis), utile notamment contre les colibacilles et en soutien tonique et neurotonique ;
  • la camomille bleue du Maroc ou de l’Atlas, qui est botaniquement une tanaisie annuelle (Tanacetum annuum), utilisée en cas de crises d’asthme et de dermatoses irritatives ou allergiques.

Cette fiche ne concerne que la camomille romaine, Chamaemelum nobile.

Bienfaits et propriétés

Propriétés principales

  1. Antispasmodique et myorelaxante puissante. Cette propriété est directement liée à la fraction d’esters aliphatiques, majoritaire dans l’huile essentielle (75 à 80 %). Une étude in vitro a testé l’huile essentielle de camomille romaine sur des préparations de muscle lisse digestif humain et animal (iléon de rat, jéjunum humain) et a mis en évidence un effet relaxant marqué, apportant pour la première fois une validation expérimentale à l’usage traditionnel de la plante dans les troubles spasmodiques gastro-intestinaux (Sándor et al., 2018).
  2. Antalgique et pré-anesthésiante. La tradition clinique française lui attribue un usage préparatoire avant les interventions chirurgicales, sous forme d’onction sur la nuque et le cou, pour obtenir une détente profonde comparable à celle des pré-anesthésiants (Franchomme, Jollois, Pénoël). Cet usage relève du savoir traditionnel en aromathérapie clinique et ne dispense en aucun cas d’une prémédication ou d’un suivi médical.
  3. Anti-inflammatoire, selon la tradition clinique en aromathérapie (Franchomme, Jollois, Pénoël ; Baudoux). Il convient de préciser que la littérature scientifique la plus abondante sur les propriétés anti-inflammatoires de la « camomille » en huile essentielle concerne en réalité la camomille allemande (Matricaria chamomilla), une espèce différente de la camomille romaine. Cette propriété doit donc être présentée ici comme relevant de l’usage traditionnel plutôt que d’une démonstration scientifique propre à Chamaemelum nobile.
  4. Antiparasitaire, notamment contre les lamblias et les ankylostomes selon la tradition clinique française (Franchomme, Jollois, Pénoël).
  5. Calmante du système nerveux central et anxiolytique. Une étude menée chez le rat Wistar-Kyoto, un modèle animal de vulnérabilité dépressive, a montré que l’inhalation d’huile essentielle de camomille romaine pendant deux semaines atténuait les comportements de type dépressif, un effet associé à des modifications de l’expression de protéines mitochondriales dans l’hippocampe (Kong et al., 2017). La camomille romaine figure par ailleurs parmi les huiles essentielles de référence citées dans les synthèses sur l’aromathérapie anxiolytique, aux côtés de la lavande, de la bergamote ou de la marjolaine (Setzer, 2009).
  6. Antibactérienne et cicatrisante cutanée. Une étude in vivo a évalué l’activité antibactérienne et cicatrisante d’une préparation à base de camomille romaine sur des plaies infectées par Pseudomonas aeruginosa, avec des résultats favorables sur la vitesse de cicatrisation et la charge bactérienne (Kazemian et al., 2018).

Propriétés énergétiques

Dans le registre de l’aromathérapie énergétique et traditionnelle, la camomille romaine est présentée comme une huile de la régulation émotionnelle. Elle serait particulièrement indiquée pour les personnes hypersensibles, celles qui absorbent facilement les tensions de leur entourage ou qui peinent à poser leurs limites émotionnelles. Elle est traditionnellement associée à une action d’harmonisation du plexus solaire, favorisant l’acceptation de soi et de sa réalité intérieure. Dans cette approche traditionnelle, elle aiderait à relier l’intelligence de la tête à celle du cœur, et à traverser les peurs et les angoisses sans s’y enfermer. À l’inverse, elle pourrait déranger les personnes qui ont l’habitude de contenir et de refouler leurs émotions plutôt que de les exprimer. Ces éléments relèvent du savoir traditionnel en aromathérapie énergétique et n’ont pas de validation scientifique établie.

Autres bienfaits

  • Antiprurigineuse et apaisante en cas de démangeaisons ou de réactions cutanées
  • Tonique digestive, carminative et cholagogue légère
  • Calmante et décongestionnante pour les peaux sensibles, sujettes aux rougeurs ou à la couperose
  • Traditionnellement utilisée pour apaiser l’inconfort des poussées dentaires, en application très diluée et sous contrôle d’un professionnel

Utilisations pratiques

Sphère nerveuse et émotionnelle. La camomille romaine est l’une des huiles essentielles les plus utilisées en cas de choc nerveux, de stress aigu ou de nervosité passagère. Elle est également proposée en préparation d’un événement anxiogène : intervention chirurgicale, soin dentaire, examen. Son usage par inhalation ou en application diluée sur le plexus solaire s’inscrit dans une logique de retour au calme, sans effet sédatif franc comparable à un traitement médicamenteux.

Sphère digestive. Les spasmes intestinaux, les ballonnements, les nausées et les troubles digestifs d’origine nerveuse font partie des indications les plus documentées, tant par la tradition clinique que par les travaux in vitro sur le muscle lisse digestif (Sándor et al., 2018). Elle est en général associée à d’autres huiles essentielles carminatives ou antispasmodiques selon le tableau clinique.

Sphère cutanée. Sur les peaux réactives, irritées ou sujettes à la couperose, la camomille romaine est utilisée en soin local très dilué, en synergie avec des huiles végétales apaisantes. Son usage cosmétique traditionnel inclut également le nettoyage de peau et l’atténuation des taches liées à l’âge, sans que ces derniers usages disposent d’un support scientifique publié spécifique.

Sphère musculo-articulaire. Les douleurs à composante spasmodique ou nerveuse, notamment lorsqu’elles s’accompagnent d’une tension psychique, peuvent bénéficier d’une application locale diluée, généralement en synergie avec des huiles essentielles à visée décontracturante.

Sphère gynécologique. Dans la tradition clinique française, la camomille romaine est proposée pour les douleurs menstruelles à composante spasmodique, en synergie et en application locale sur le bas-ventre, diluée dans une huile végétale.

Comment utiliser l’huile essentielle de camomille romaine ?

Voie d’utilisationMode d’emploiDilution / dose indicative
Cutanée, application localeMassage du plexus solaire, de la nuque, du bas-ventre ou d’une zone de tension1 à 3 gouttes diluées à 20-30 % dans une huile végétale (jojoba, calendula, amande douce), 1 à 2 fois par jour
Cutanée, cosmétiqueSoin local pour peau sensible ou couperosée1 goutte diluée à 1-2 % dans une huile végétale ou une crème neutre, application quotidienne
OraleRéservée à un professionnel de santé ou un aromathérapeute formé1 à 2 gouttes sur un support neutre (comprimé, miel), 2 à 3 fois par jour, cure courte
Olfaction / inhalation sècheQuelques gouttes sur un mouchoir ou une pierre volcanique, à respirer en cas de tension nerveuse2 à 3 gouttes, à renouveler selon besoin
Diffusion atmosphériqueEn mélange dilué avec d’autres huiles essentielles doucesDiffusion courte, 5 à 10 minutes, pas d’utilisation pure et prolongée
BainAjout à l’eau du bain après dispersion5 à 6 gouttes diluées dans une base dispersante (sel de bain, lait, base neutre) avant ajout à l’eau

Synergies recommandées

Huiles essentielles associées recommandées

  • Lavande vraie (Lavandula angustifolia), pour renforcer l’effet calmant nerveux
  • Petit grain bigarade (Citrus aurantium ssp. amara, feuilles), pour l’anxiété et les troubles du sommeil liés à la nervosité
  • Marjolaine à coquilles (Origanum majorana), en synergie décontracturante et calmante
  • Mandarine (Citrus reticulata), pour adoucir l’odeur et renforcer l’effet apaisant chez l’enfant, sous contrôle d’un professionnel
  • Basilic tropical (Ocimum basilicum ct. methylchavicol), en synergie antispasmodique digestive

Huiles végétales associées recommandées

  • Huile végétale de calendula, pour les peaux sensibles et irritées
  • Huile végétale de jojoba, comme base neutre pour le visage
  • Huile végétale d’amande douce, pour les massages de détente
  • Huile végétale de macadamia, pour les applications sur peau sèche ou mature

Précautions d’emploi

L’huile essentielle de camomille romaine contient une fraction de cétones terpéniques (pinocarvone, environ 13 %). Bien que la tradition clinique française (Franchomme, Jollois, Pénoël) ne rapporte aucune contre-indication connue aux doses physiologiques usuelles, la présence de cétones justifie, dans une approche de précaution actuelle, une utilisation prudente chez la femme enceinte ou allaitante, chez le jeune enfant, et chez les personnes ayant des antécédents d’épilepsie ou de troubles neurologiques. L’usage oral et les applications non diluées doivent être réservés à un professionnel de santé ou un aromathérapeute formé.

Chez l’enfant de moins de 6 ans, l’usage cutané doit rester très dilué et de courte durée, et l’usage oral est déconseillé sans encadrement professionnel.

Aucune donnée solide ne permet d’affirmer la sécurité de cette huile essentielle par voie orale ou en application non diluée pendant la grossesse et l’allaitement. Par précaution, ces usages sont à éviter en dehors d’un accompagnement par un professionnel formé.

Un test de tolérance cutanée est recommandé avant toute première utilisation : appliquer une goutte diluée au pli du coude et attendre 48 heures.

Cette huile essentielle doit être conservée dans un flacon teinté, à l’abri de la lumière et de la chaleur, hermétiquement fermé, et utilisée de préférence dans les 5 ans suivant l’ouverture du flacon.

Enfin, ne pas confondre cette huile essentielle avec la camomille allemande (Matricaria chamomilla), la camomille sauvage (Ormenis mixta) ou la camomille bleue du Maroc (Tanacetum annuum), dont les indications et les précautions d’emploi diffèrent (voir la section « Qu’est-ce que l’huile essentielle de camomille romaine ? »).

Composition biochimique

La composition biochimique de l’huile essentielle de camomille romaine est dominée par les esters aliphatiques, ce qui la distingue nettement des autres huiles essentielles dites « camomille », plus riches en sesquiterpènes (chamazulène) ou en oxydes. Cette composition peut varier selon l’origine géographique, les conditions de culture et la période de récolte des capitules (Franchomme, Jollois, Pénoël).

Famille biochimiqueProportionComposés principaux
Esters aliphatiques75 à 80 %Angélate d’isobutyle (36 à 40 %), acétates, butyrate d’isoamyle, isobutyrate d’isobutyle, méthyl-2-butyrates, tiglates, isovalérates
Cétones terpéniquesenviron 13 %Pinocarvone
Alcools terpéniques5 à 6 %Trans-pinocarvéol, farnésol
Lactones sesquiterpéniquestraces3-deshydronobiline

Sur le plan organoleptique, l’huile essentielle se présente comme un liquide mobile et limpide, de couleur jaune pâle, avec une densité à 20°C comprise entre 0,880 et 0,920 et un indice de réfraction à 20°C compris entre 1,4380 et 1,4460. Son odeur est décrite comme chaude, herbacée, florale et fruitée, avec une note évoquant la pomme.

Références bibliographiques

Ouvrages

  • Franchomme P., Jollois R., Pénoël D. L’aromathérapie exactement. Roger Jollois Editeur, 2001.
  • Festy D. Ma bible des huiles essentielles. Editions Leduc, 2015.
  • Baudoux D. L’aromathérapie : se soigner par les huiles essentielles. Editions Amyris, 2008.
  • Bosson L. L’aromathérapie énergétique : guérir avec l’âme des plantes. Editions Amyris, 2013.

Études scientifiques (PubMed)

  • Sándor Z., Mottaghipisheh J., Veres K., Hohmann J., Bencsik T., Horváth A., Kelemen D., Papp R., Barthó L., Csupor D. Evidence Supports Tradition: The in Vitro Effects of Roman Chamomile on Smooth Muscles. Frontiers in Pharmacology, 2018;9:323. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29681854
  • Kong Y., Wang T., Wang R., Ma Y., Song S., Liu J., Hu W., Li S. Inhalation of Roman chamomile essential oil attenuates depressive-like behaviors in Wistar Kyoto rats. Science China Life Sciences, 2017;60(6):647-655. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28527112
  • Kazemian H., Ghafourian S., Sadeghifard N., Houshmandfar R., Badakhsh B., Taji A., Shavalipour A., Mohebi R., Ebrahim-Saraie S.H., Houri H., Heidari H. In vivo Antibacterial and Wound Healing Activities of Roman Chamomile (Chamaemelum nobile). Infectious Disorders – Drug Targets, 2018;18(1):41-45. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28034365
  • Setzer W.N. Essential oils and anxiolytic aromatherapy. Natural Product Communications, 2009;4(9):1305-1316. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19831048

Foire aux questions

La camomille romaine et la camomille allemande sont-elles la même huile essentielle ?

Non. Ce sont deux plantes botaniquement distinctes. La camomille romaine (Chamaemelum nobile) est riche en esters aliphatiques et se distingue par ses propriétés antispasmodiques et calmantes du système nerveux. La camomille allemande ou matricaire (Matricaria chamomilla) est riche en chamazulène et en alpha-bisabolol, et se distingue par ses propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes cutanées. Elles ne sont pas interchangeables.

Peut-on utiliser l’huile essentielle de camomille romaine chez l’enfant ?

Chez l’enfant de moins de 6 ans, l’usage doit rester prudent, très dilué et de courte durée, en raison de la présence de cétones dans la composition de cette huile essentielle. L’usage oral est déconseillé sans encadrement par un professionnel de santé formé à l’aromathérapie pédiatrique.

L’huile essentielle de camomille romaine peut-elle remplacer un traitement anxiolytique ?

Non. Les données disponibles, notamment l’étude menée chez le rat (Kong et al., 2017) et les synthèses sur l’aromathérapie anxiolytique (Setzer, 2009), documentent un effet calmant et un potentiel intérêt en accompagnement du stress, mais ne permettent pas de conclure à une équivalence avec un traitement médicamenteux. Toute anxiété persistante ou tout trouble anxieux caractérisé relève d’un avis médical.

Pourquoi l’huile essentielle de camomille romaine est-elle aussi chère ?

Le rendement de distillation des capitules de camomille romaine est faible : il faut une quantité importante de fleurs pour obtenir un litre d’huile essentielle. Cette rareté relative, associée à une récolte manuelle des capitules, explique le prix élevé de cette huile essentielle par rapport à d’autres huiles essentielles plus courantes.

Combien de temps se conserve un flacon d’huile essentielle de camomille romaine ?

Correctement stocké, à l’abri de la lumière et de la chaleur, dans un flacon teinté bien fermé, un flacon d’huile essentielle de camomille romaine, riche en esters, se conserve généralement environ 5 ans après ouverture, comme la plupart des huiles essentielles de cette famille intermédiaire (ni agrume, ni résine). Une odeur ou une texture modifiée doit inciter à ne plus utiliser le flacon.